— Eh bien! voici : mon oncle et moi nous sommes Juifs.

Je m'inclinai avec la déférence polie que l'on marque à un homme qui vous confie qu'il est sourd.

Et il poursuivit en donnant à son langage autant de précision qu'à l'ordinaire :

— Et vous vous êtes aperçu que nous nous moquions de vous?

Ma main se souleva comme un clapet, du bras du fauteuil où j'étais assis et s'y reposa.

— Ne pensez pas, continua-t-il, que cependant je ne puisse être sincère. Et la preuve en est que je viens, au milieu des ténèbres, vous faire ma confession, aussi pénible, aussi humiliante qu'elle puisse être à un déshabitué.

Il prononça déshabitué d'une manière si aiguë et si étrange, modulant chaque syllabe, que l'on eût cru d'une hulotte.

— Je vous le déclare sans ambages : nous sommes des voleurs, mon oncle et moi, celui-ci ayant découvert chez un bouquiniste du vieux Bayonne, et s'étant approprié, un document qu'il aurait dû remettre aussitôt à la famille Passerose ; et moi, en lui prêtant mon concours, afin de nous emparer seuls d'un trésor dont ce parchemin fait mention. Ce trésor est enfoui dans les grottes d'Isturitz. De là notre acharnement à nous faire remettre par vous la clef du souterrain. De là…

— … cette invention de la légende basque, bien capable de séduire et d'envoûter une nature comme la mienne. M'est-il à présent permis, cher monsieur, de vous demander à quelle source, si proche de nous qu'elle soit, vous avez été puiser votre rhapsodie?

— La source? déclara Eliézer de la manière que Louis XIV affirmait : « L'Etat c'est moi », la source et moi nous ne faisons qu'un.