On attendait qu'un convive élevât la voix pour que la conversation, qui ne s'ébauchait qu'en sourdine, prît une tournure générale. Le docteur Algalarondo ouvrit le feu en racontant que, la veille au soir, un maquignon d'Uhart-Mixe avait porté un tel coup à un Bohémien qu'il lui avait fallu beaucoup d'adresse pour extraire du crâne la douille de cuivre éclatée du makhila.

— Un sacripant de moins! s'écria le chocolatier Etcheto, qui redoutait les malandrins.

Ces vers de la légende basque me chantèrent :

Il tient serré son makhila flexible

Dont on voit bien qu'un seul coup abattrait

Le Sarrazin avec son minaret.

— Messieurs, interrogea doucement Eliézer, quelle origine pensez-vous que l'on puisse assigner au Bohémien dont vous parlez? Ne serait-ce pas un ancien Maure?

Le père Bidondoa Ihidoïpé, qui ne manquait jamais de risquer un de ces lamentables jeux de mots dont s'enorgueillissent, hélas! les gens d'Eglise, prononça :

— Il aurait pu rester dans sa tombe!

Un mutisme incompréhensif accueillit ce trait d'esprit. Mais lorsque Etchechoury, le conseiller général, l'eut traduit en basque et en français, et fait entendre que le calembour portait sur « maure » et « mort », l'éclat de rire fut homérique, et le père Bidondoa Ihidoïpé sourit de satisfaction.