Ma cousine Eva, de Bayonne, Basquaise pure, comptait dix-neuf ans.

D'une forme joliment ronde, la joue rose, j'ai dit ailleurs que ses yeux étaient bleus. Elle possédait ce caractère épanoui qu'ont les petites filles sans dot.

Elle était née d'un officier du génie et, demeurée seule dès son bas âge avec sa mère, elle affectait des allures un peu trop libres dans le monde. C'est que les mamans, et je n'ai pas le courage de les en trop blâmer, lancent plutôt qu'elles ne retiennent une fille sans fortune à la conquête d'improbables maris.

Eva n'avait point à employer d'artifices pour connaître le succès, mais, hélas! comme il arrive aux plus charmantes de son espèce, elle voyait tour à tour ceux qui l'eussent volontiers épousée se décider plutôt pour des laiderons d'or.

De là, et bien qu'elle fût si jeune, une sorte de philosophie bonne enfant, faite d'un peu de scepticisme et de beaucoup de gaieté.

Eva jouait parfaitement la comédie, et je l'avais amenée, par exemple, dans une comédie d'Alfred de Musset que je lui avais fait répéter, à mettre en délire son auditoire.

Eva était Eva. Et, quand on nommait Eva, les vieux et jeunes salonniers, que Forain stigmatisait alors, se prenaient à sourire de la manière la plus admirative et la plus bébête.

J'invitais souvent Eva et sa mère à villégiaturer chez moi, en assez nombreuse compagnie.

Sans grand luxe, on se distrayait beaucoup. Les promenades à âne dans la vallée, des parties de pêche à la ligne sont tout ce qu'il y a de mieux. Nous composions aussi des charades animées où Eva excellait.

Un soir que nous nous livrions à cet amusement, je me plus à tirer de mon armoire la fameuse tunique nuptiale que j'avais fait couper et broder à Toulouse, et je priai Eva de s'en revêtir dans la coulisse de notre petite scène improvisée.