Ce fut un ravissement.
Si elle n'avait été ma cousine, je crois que je l'eusse demandée en mariage ce soir-là, tant cette vieille dentelle, parcourue par ce long narcisse, lui seyait.
Eva et ses compagnes se montrèrent fort curieuses de connaître l'origine de ce travail de fée. Et je leur appris, ce qui était la vérité, que je m'étais passé la coûteuse fantaisie de le faire exécuter à Toulouse, par des spécialistes hors de pair, sur un modèle proposé par une légende basque.
Ces petites se contentèrent d'admirer ce chef-d'œuvre, sans autrement se soucier de contrôler si, comme je le leur avais dit, les toutes premières Basquaises comparaissaient dans ce costume devant leurs époux enivrés.
Dans la huitaine qui suivit son exhibition, la tunique nuptiale fut à l'ordre du jour.
Et Eva, qui était la meilleure fille du monde, la plus franche et la plus sans façon, me prit à part pour me dire :
— Mon cousin, tu commets une vilaine action en cachant une aussi merveilleuse jupe dans un meuble, car tu peux bien penser que, si je me montrais une seule fois à Biarritz, l'ayant mise, tous mes admirateurs tomberaient à genoux en implorant ma main.
— Il est vrai, Eva, qu'en te voyant ainsi déguisée pour la charade, je me disais que la beauté des premières Basquaises, célébrée par la légende, eût pâli devant la tienne.
Elle éclata franchement de rire :
— Il se peut, après tout, fit-elle. Me faut-il donc insister beaucoup pour que je puisse me produire dans cet appareil devant un public, plus intéressant pour moi que celui que tu as convié ici?