C’est la saison où il faut surveiller les vendanges. Elle boit un peu de café et de bouillon, coiffe un chapeau de moissonneuse, grimpe dans le char-à-bœufs, se dispute avec le métayer et prétend lui confectionner des guêtres avec un vieux haut-de-forme.

Elle prise du tabac, joue au loto et cite des proverbes.

Le soleil descend comme un pressoir sur la colline rouge.

TON GRAND-ONCLE PATERNEL

Il descend la colline dans le soleil rose des bruyères. Il boit un coup de vin à sa gourde. Il porte l’impériale, et la couleur de ses yeux qui s’enflamment est vive et noire comme la poudre de son Lefaucheux. Il s’est marié tout jeune. Comme un enfant il est emporté et bon. Une de ses filles voudrait entrer en Religion. Si elle y entre, je mettrai le feu au couvent, a-t-il dit. Ses chiens tombent en arrêt. Il tue deux perdreaux. Il casse une croûte à l’auberge et regagne sa perception des finances. J’ai cinq ans. Il me montre son fusil, il me voudrait déjà de son âge et son camarade. On me donne du miel pour goûter.

L’ombre descend sur l’étendue sauvage, et il meurt vers quarante ans usé par sa violence.

Il y a des clochers au sommet des coteaux, des lièvres dans les fourrés et de bons dîners avec les compagnons de chasse.

TON BISAIEUL AUGUSTIN

Le port roide de quelque intendant militaire retraité, de petite taille, le nez long chaussant des lunettes fines, les yeux d’un bleu clair, la moustache un peu jaunie par les pipes qui enfumaient aussi les journaux et les livres, et tombante et relevée aux bouts cirés, le menton peu saillant, les cheveux rares et longs ramenés sur le côté du front un peu fuyant, l’oreille large : il faisait songer encore à quelque ancien héros des victoires du romantisme.

Son enfance fut si choyée que lorsqu’il désirait la pluie on montait sur le toit d’où l’on vidait un arrosoir.