Qui donc est sorti de la maison sans y être entré auparavant ?
C’est Bernadette.
L’ACTE DE NAISSANCE
L’an 1908 et le 19 août, dans l’anniversaire et presque à l’heure de la mort de Blaise Pascal, est née à Orthez ma fille Bernadette.
L’un des témoins à la mairie a été mon premier voisin François le savetier qui a un oiseau.
L’ANGE GARDIEN
Comme un flocon de neige inattendu au milieu de l’Été, elle est apparue sur le seuil tenue dans sa robe de baptême. Et les pauvres petits du quartier avaient jonché le sol de buis et de baies de sureau. Et ils ont crié : « Vive Mlle Bernadette ! » Et dans mon cœur pris par tant de douce naïveté, Vous seul, ô mon Dieu ! avez su ce que je Vous disais. Car vous êtes mon Dieu et Bernadette est ma fille. C’est Vous qui l’avez envoyée du fond de Votre Ciel à deux voyageurs ici-bas qui Vous louent de ce qu’elle repose dans son humble nid sous un rayon de gloire. C’est un prodige adorable que Votre main, qui soulève les flots, nous offre cette rose frêle.
De tout temps Vous aviez prévu son éclosion, car dans Votre éternel dessein Vous voyez se presser sur la fresque du firmament, parmi les ailes des anges gardiens, les faces innombrables des nouveau-nés. Parfois Votre regard qui confond les abîmes se repose. Et je ne sais si ce n’est pas alors que Vous le tournez vers ces petits et que, l’élevant au-dessus d’eux, Vous contemplez Votre propre Fils dans sa crèche.
Oh ! quel poète décrira ce paradis entr’ouvert sur ces légions d’enfants ! Il en est parmi eux qui attendent leur tour de descendre sur la terre et il en est, hélas ! qui en ont été rappelés trop tôt à notre gré. Cependant, vous qui pleurez, consolez-vous, car ceux-ci sont dans la béatitude et ils vous tendent les bras et gonflent leurs joues et l’un d’eux parfois gazouille en demandant pour vous une grâce à la Trinité formidable.
A chaque enfant son nid. Et ce nid, il est tantôt de simple paille comme celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et caché dans une étable. C’est ainsi que dans son humilité Dieu imite le passereau. Et tantôt ce nid est de roseaux comme celui de la fauvette de rivière, et la fille du Pharaon qui va au bain sauve et recueille Moïse. Il est encore des nids de bois précieux qu’abritent des villas de marbre, suspendues au-dessus de la mer comme des aires de grands oiseaux. Et le nid de Henri IV est une écaille de tortue dans un château qui communique avec le gave, à la mode du martin-pêcheur. Et la femme de l’Indien tresse un hamac d’aloès qu’elle suspend à l’ombre des roses de la Louisiane, et les colibris s’y trompent et s’en viennent butiner sur les lèvres de son fils.