Les premières soies dont on tisse un nid d’enfant, ce sont les cheveux que s’arrache en rêvant la jeune fille qui les donne à son fiancé. Ainsi la tourterelle choisit les duvets les plus doux à son cœur. Le nid de Bernadette fut commencé de cette sorte, puis des fils de lin blanc tramés autour l’épaissirent et, comme un cocon entr’ouvert, il fut fixé entre les barres de l’humble berceau d’où s’élèvent les vapeurs du tulle. Le tout repose sur un vieux plancher, au-dessus d’une grange.
Les hirondelles revenues de l’Extrême-Orient ont pondu et couvé en bas et leurs petits semblaient s’en être allés quand arrivait Bernadette. Mais le gazouillement continue et je ne sais trop parfois si c’est Bernadette qui hante le berceau des hirondelles ou si ce sont les hirondelles qui visitent le nid de Bernadette. Enfants, oiseaux, vous parlez une même langue !
— Qu’avez-vous vu ? demande la petite fille à ses amies ailées.
Et celles-ci :
— Nous avons vu l’empereur de Chine. Il coiffe un chapeau qui sonne comme ton hochet. Le toit de son palais est pareil à son chapeau, mais nous n’avons point pondu sous les corniches de peur que l’on ne prît nos nids pour les manger. Nous avons plané au-dessus des pagodes des diables et passé la mer pour venir jusqu’ici. Nous nous reposions sur le pont des navires où nous becquetions dans les doigts de jeunes passagères. Quand nous repartions elles pleuraient, portant une main à leur cœur et l’autre au-dessus de leurs yeux pour nous suivre longtemps à travers leurs larmes.
Ainsi parlent les hirondelles, mais Bernadette gazouille ainsi :
— Je viens d’un Empire céleste qui n’est pas le même que celui que vous chantez. J’ai été amenée sur la terre, pour l’amour de mes parents, par l’ange gardien dont j’entrevois, tout contre mon bonnet, la figure comme une belle pomme rouge. Voyez, il ne me quitte pas, il m’accompagne dans le jardin où mon aïeule me promène sous le beau temps des feuilles dans lesquelles on entend le vent bruire comme un ruisseau. Il a les mains jointes. Mais les ailes parfois battent en silence pour louer le Seigneur. Et alors je m’efforce à retenir dans mes doigts un peu de la brise dont elles me caressent.
Et il est vrai que l’ange gardien de Bernadette déjà la protège, et qu’il la préservera des mille dangers que courent les petits. Si elle tombe, il étendra la main, telle qu’une palme pacifique, pour que le front ne bute pas contre le pavé. Et si elle frotte des allumettes, l’ange, avec le même arrosoir qu’elle aura fait bruiner sur les fleurs, détrempera le phosphore pour qu’elle ne s’incendie pas. Et si, dans le jardin, elle porte à la bouche quelque baie vénéneuse, l’ange fera s’envoler un papillon si bleu que Bernadette ravie jettera cette baie pour ne s’occuper plus que de l’insecte. Et si, dans la rue, elle s’échappe et qu’elle soit menacée d’être écrasée par quelque voiture, il saisira par la bride le bon cheval en lui disant :
— Je suis l’ange gardien de la petite fille.