Qui voyant sa chair au sercueil
(Faict' à la mort nouvelle proye)
S'en rirent car toute leur joye
Est de remplir noz cueurs de dueil:
Reffroignans leurs ridez museaux
Monstroyent des dentz un, et un ordre
Rouillez non moins que leurs cizeaux,
Et moussez ainsi par trop mordre.
Et rians, là se desbatoyent
Des filetz qu'en deux partz mettoyent,
Commencez seulement de tordre.
Si pour ton ame ainsi mourant
Le regret en terre fut grand,
Pour si grand' perte inopinée,
Le ciel tant plus ayse ha esté
De veoir l'esprit en liberté
Ayant sa chair abandonnée.
Là aussi on oyoit chanter
Cantiques tous plains de louange
Pour l'honneur de ce nouveau Ange
Qui là haut se vint presenter.
Ou heureux, entre les heureux
Ou bon entre les bons eut place,
Si qu'alors je fu desireux
Que mon ame du monde lasse
En Ecthase demeurast là
Pour tousjours contempler cela
Ravie de celeste grace.
O Esprit, ô Ange nouveau
Retiré en lieu sainct, et beau
Pour jamais avec tes semblables,
Or es tu heureux mille fois
Pour les plaisirs que tu recois
Interditz aux ames coulpables:
A fin que tout cest univers
Puisse entendre si digne chose,
Au tombeau ou ton corps repose,
De ma main j'escriray ces vers.
Si quelqu'un desire scavoir
Ou est le thresor de ce temple,
Que ce sepulchre vienne veoir,
Et les vertuz d'Anne y contemple,
Son cueur ha l'honneur advancé,
Et comme morte elle ha laissé
De ses moeurs aux autres l'exemple.
Fin.