Guiot.

Loing à l'escart, je suis encor en doubte
De reveller les maux que seul je gouste,
Mais mon martire et mon triste regret
Ne sera moins secret
Si le disant personne ne l'escoute.

Cruel amour ne te suffisoit estre
Roy des Citez sans te faire congnoistre
Aux pastoureaux? mais quel loz en as tu
D'employer ta vertu
Pour donner fin à leur repoz champestre?

Je scay combien ta flamme est violente,
Combien aussi ton ayde est froide et lente,
Dont je me sents de vie reculé
Comme l'arbre bruslé
Qui mort, demeure encor droict sur sa plante.

De toy provient la flesche qui me tue,
Gueris moy donq Amour et m'esvertue:
Et fay autant que les animaux font,
Dont les bras premiers sont
Faitz en Ciseau, et piquent de la queue.

Ja ja la force en moy est deffallie
Ja à mes os la seiche peau s'allie.
Fay moy donq grace ores s'offre le lieu:
Fay le au nom de ce Dieu
Qui fut pasteur neuf ans en Thessalie.

L'ame vaguant' à l'entour de ma bouche,
Ores tend l'aisle, ores la plie et couche:
Or le sejour or la fuite elisant:
Et mes nerfs à present
Sont comme ceux que sur la lire on touche.

Va ame donq, maintenant en est heure:
Va encor va, à fin que tost je meure.
Tu es par trop avare de mon bien:
Ah, tu le monstres bien,
Quand malgré moy au corps tu fais demeure!

Va puis que celle, ou mon oeil se repose,
Et qui au fonds de mon cueur est enclose,
Ne recongnoit comme sur mon bellier,
A son nom vien lier
A chasque bout des cornes une rose.