Et fay souvent que ma trouppe barbue
Porte en son col mainte chayne pendue
De belles fleurs que je prends cà et là:
Mais je voy que cela
En son endroict n'est que peine perdue.
O Nimphe ingrate un peu cest oeil retire
Dont la rigueur fait croistre mon martire:
Et s'il te plaist ayes ores pitié
De la grand' amitié
Que je te porte, et ne te l'ose dire.
Ceste couleur qui change, et ceste eau molle
Sortant des yeux, et la trouppe qui vole
De mes souspirs te le disent assez:
Les desirs tant pressez
Me font geller aux levres la parolle.
Si quelque fois pres de toy je m'advance
Ta main me poulse & se met en deffence:
Dont bien souvent je demeure confuz,
Mais que ferois tu plus
A ceux, lesquelz te voudroyent faire offence?
Ingrate encor! advant qu'en rien me touches
Tires ta robbe arriere: et à noz bouches
Ne veux souffrir le baiser souhaité:
Las tu fais grand cherté
D'un bien, lequel ne peux deffendre aux mouches.
Combien de fois je t'ay portée en croupe
Dessus mon Asne allant apres la troupe
De noz brebis: combien de fois aux champs
Aux espines trenchants
Dessouz tes pieds j'ay estendu ma joupe?
Combien de fois au bout de ceste roche
(Sur noz troupeaux ayant l'oeil tousjours proche)
Je t'ay faict part de mes fruicts delicats:
Helas ne cuide pas
Que je le die à present pour reproche.
Mais je le dy pour te mettre en memoire
Mon Amitié et te donner la gloire
D'avoir rengé mon cueur souz ton pouvoir
Ce que tard Cuidoy voir
Comme je voy que tarde es à le croire.
Tu le vois bien, et fains ne le congnoistre,
Tu vois qu'il n'est possible à aucun estre
Plus amoureux que moy qui tout suis tien,
Et si n'estimes rien
La grand' amour que sur toy je vien mettre.
Quand m'as tu veu d'un pied benin et grave
Marcher en place, et que ne fusse brave:
Poil sans peigner, Ceincture sans flocquetz,
Mon chappeau sans bouquetz,
Et que souvent ma face je ne lave?