—Je te le promets... je te le jure!

—Bah! comment vivras-tu?

—Je travaillerai.

—Toi, ma pauvre Marguerite?

—J'ai appris pour être couturière... Tu verras.»

Elle revint huit jours après, ôta ses gants et me montra ses doigts marqués de piqûres d'aiguilles. Elle avait trouvé, me dit-elle, des «confections» à faire pour un magasin de nouveautés. Elle gagnait déjà quarante sous par jour, mais bientôt elle deviendrait plus habile, arriverait à trois francs.

—«On peut vivre avec ça,—ajouta-t-elle en souriant. Oh! sans faire la noce, bien sûr... Mais je n'y pense guère, va!... Je ne tiens plus qu'à une chose, à présent... Faire plaisir à mon chéri.»

Ce nom «mon chéri», qu'elle me donnait autrefois avec tant d'indifférence, si banalement, comme elle l'avait donné, hélas! à tous ses amants, fut prononcé par elle, ce jour-là, avec l'intonation la plus tendrement émue; et les larmes m'en vinrent aux yeux.

Que m'importaient alors la captivité, la livrée d'infamie, l'ignoble soupe mangée à la même gamelle que les scélérats, les éternelles nuits d'insomnie sans lumière! Marguerite m'aimait; elle gagnait son pain pour rester sage et pour m'attendre. Était-ce donc possible? Misérable homme! j'avais commis un vol pour une femme, et j'allais avoir la consolation, une fois ma faute expiée, de me réfugier dans les bras de cette même femme, mais devenue tout autre, régénérée par l'amour et par le travail, et qui serait maintenant la première à m'empêcher de faillir, si j'en étais tenté. Ah! j'étais plein de courage, prêt à subir sans une plainte la peine que j'avais méritée. Aux plus durs moments de ma vie de prisonnier, je pensais à Marguerite, et l'espérance m'inondait en me réchauffant, comme un puissant cordial, et mes affreux compagnons me demandaient pourquoi j'avais l'air si heureux et ce qui me faisait sourire.

Cet état d'âme délicieux,—oui! moi, le condamné vêtu d'une souquenille de forçat, moi à qui les gardiens disaient: «Ici!» comme à un chien, j'ai vécu alors des heures délicieuses,—cet état d'âme, cette période d'espoir et de résignation, dura environ deux mois. Pendant ce temps, Marguerite vint me voir exactement une heure par semaine, et, à chacune de ses visites, je regardais, avec une enivrante pitié, ses yeux cernés par les veilles, ses joues que la misère amaigrissait, ses pauvres doigts meurtris et sa robe qui se fanait de plus en plus.