Je n'avais jamais souffert encore de ce cruel sentiment, et Marguerite, pendant les cinq mois que nous avions vécu ensemble, n'avait rien fait pour me l'inspirer. Apathique et casanière, elle restait seule au logis pendant toute la journée,—j'en avais des preuves,—et, le soir, quand nous sortions ensemble, pas une seule fois je n'avais surpris chez elle un de ces regards de complaisance que la plus honnête femme, même au bras de son mari, jette au premier passant venu qui a l'air de la trouver à son gré. Marguerite n'était nullement coquette.

De plus, ce que j'avais prévu au moment où je méditais mon coup était arrivé. Marguerite avait été profondément touchée par ma coupable action; elle y avait vu une preuve d'amour. A l'audience, elle avait pleuré des larmes sincères, s'accusant de m'avoir perdu, et, dès qu'il lui fut permis de me visiter dans ma prison,—elle se faisait passer pour ma soeur,—elle me montra, derrière la grille du préau, un visage pâli par le chagrin. Elle m'aimait enfin! J'en étais sûr.

Je me souviens de notre première entrevue. Nous nous regardions tristement à travers le grillage en fer.

—«Alors, tu m'aimes un peu?—lui dis-je.—C'est bien vrai?

—Plus et mieux qu'autrefois, tu le vois bien.

—Naguère, tu étais si froide pour moi, cependant!

—Ce que tu as fait m'a bien changée, va!... Est-ce que je pouvais croire que tu m'aimais à ce point-là?... Mets-moi à l'épreuve.

—Il n'y en a qu'une qui me convaincrait.

—Laquelle?

—Si tu étais capable d'attendre ma libération et de me rester fidèle?...