Il avait, en effet, rendez-vous avec Henriette, et, rougissant dans l'ombre, il ne sut que balbutier, dans son trouble:

—Ma mère!...

Alors, Mme Bernard éclata.

—Va, s'écria-t-elle en tremblant d'indignation, va retrouver ta maîtresse! Désormais, pour cela, tu n'auras plus besoin de mentir. Car tu m'as menti, tu m'as indignement trompée! Ah! cela commence bien, tes amours! Cette fille t'a déjà fait commettre une bassesse. Je frémis en me demandant ce que cette malheureuse fera de toi, et jusqu'où elle pourra te mener. Va la retrouver, mon garçon. Je ne te retiens pas.

Mais elle s'interrompit en entendant son fils qui sanglotait.

—Tu pleures! dit-elle d'une voix plus douce.

Il se jeta à ses pieds, lui couvrit les mains de baisers et de larmes.

—Pardonne-moi, ma mère chérie, murmura-t-il. Pardonne-moi, maman, de te faire de la peine... Mais, si tu savais!... Je l'aime!...

Ce mot arrêta net, chez Mme Bernard, l'attendrissement qui commençait à la gagner.

—Tu l'aimes! dit-elle,—et son accent vibrait d'une farouche ironie,—tu aimes ma couturière! Mais, malheureux enfant, ce n'est pas sérieux. Tu es fou!... J'avais espéré, oui, j'avais eu la niaiserie de croire que tu passerais purement et fièrement ta première jeunesse, jusqu'au jour où je t'aurais marié à quelque belle jeune fille. Cela, c'était mon illusion, je l'avoue, et tu la brises bien cruellement. Pourtant, je n'étais pas déraisonnable. J'étais prête à comprendre, à excuser un entraînement, un coup de passion. Vingt ans sont vingt ans, je le sais bien... Mais toi! toi! suivre le premier jupon venu! Faire attention à cette ouvrière, si commune, à peine jolie! Vraiment, je t'aurais cru plus dégoûté!... En voilà assez! Je compromettrais ma dignité de mère et d'honnête femme à parler plus longtemps d'une telle turpitude. Avec ta permission, nous n'ouvrirons plus la bouche sur ce sujet. J'ai même eu tort de m'emporter, de te faire des reproches. Laisse-moi espérer que tu ne tarderas pas à t'en adresser toi-même, et de plus sévères que les miens... Une drôlesse pour qui j'ai eu de la bonté! Une misérable petite intrigante que j'avais protégée, attirée chez moi, et qui débauche mon fils!... Non! Armand, ce n'est pas sérieux. Tu ne sais ce que tu dis. Et bientôt, demain peut-être, quand tu auras un peu réfléchi, quand ton détestable caprice aura passé, tu rougiras d'avoir osé me dire que tu aimais cette fille!