En ce moment, M. de La Maisonfort nous interrompit pour dire que cette idée-là était heureuse et qu'il ne pensait pas l'avoir jamais vue figurer dans un dénouement. Étant convenu que c'était un ressort nouveau autant qu'admirable, je fis signe à la Bazoche de paraître dans la galerie et lui dis fort posément que nous étions là deux amants désireux de nous unir et qu'il n'y avait plus qu'à nous donner à signer le contrat qu'il avait établi.
Cet homme alors, faisant des mines sérieuses les plus plaisantes du monde et parlant par paroles authentiques en jargon de gardes-notes, nous observa fort gravement que la volonté d'un parent y était au moins nécessaire et qu'il ne pouvait rien faire sans ce concours, parce qu'il y allait de son cou et que la justice ne badinait pas en de telles matières. M. de La Maisonfort, qui pensait mourir de rire à voir les airs solennels d'un si parfait baladin, s'écria qu'il voulait être de la partie et qu'il jouerait le père, parce qu'il n'y avait rien de si plaisant qu'un barbon truffé de la sorte.
—Sur ce pied-là, lui dis-je, nous allons répéter la scène du contrat, et pour faire votre personnage, vous n'aurez qu'à mettre votre nom, en grondant tout à votre aise, en bas du papier que voilà.
—Oui-dà! répliqua cet homme plein de malice; cela est du dernier plaisant au moins, et je veux, quand je la saurai bien, représenter cette farce-là devant mes voisins et particulièrement pour mon compère M. de la Pimprenelle, qui s'est si bien laissé enlever sous le nez sa fille par un gendre qu'il n'avait pas souhaité d'avoir.
—Il n'y a donc plus, Madame—et je repris ici la voix de Dorante—qu'à couronner mes feux par un doux consentement et vous jeter aux pieds d'un père pour le supplier de consentir à nos vœux.
—Il n'est pas nécessaire! s'écria M. de La Maisonfort, qui tenait à paraître dans l'action pour montrer son mérite de comédien, et je consens à tout ce qu'Isabelle désire!
Là-dessus, la Bazoche présenta son papier d'un air notarial et chagrin à M. de La Maisonfort, que celui-ci, continuant à faire de grands éclats de gaieté, se mit en bouffonnant à écrire son nom tout au long du contrat, que nous signâmes pieusement, Angélique et moi, à notre tour.
Comme la Bazoche—on l'a deviné—était un véritable notaire royal très capable d'établir un acte et que celui-ci contenait, en cas de rupture de l'engagement, un bon dédit bien stipulé, mon beau-père était pris comme un sot.
Il ne nous marquait pas beaucoup de contentement d'avoir figuré de cette sorte dans la farce du Notaire supposé.