Ainsi, qu’il s’agisse d’intérêts généraux ou de droits individuels, des rapports du pouvoir avec les masses ou de ceux des individus avec le pouvoir, de politique à suivre, ou de justice à rendre, nous professons les mêmes principes, nous parlons le même langage, c’est partout la justice que nous réclamons.

Le moyen le plus sûr de hâter ses progrès dans la politique générale, c’est de la pratiquer avec rigueur à l’égard des droits individuels et devant les tribunaux. Rien ne corrompt l’esprit des peuples comme une administration partiale de la justice criminelle. Rien n’échauffe les passions et les haines de parti comme le spectacle de l’iniquité dans les procédures et les jugemens. Voulez-vous que les citoyens s’accoutument à respecter réciproquement leurs intérêts et leurs droits ? qu’ils aient sous les yeux un exemple continuel de ce respect dans le sanctuaire où tous les droits et tous les intérêts viennent chaque jour aboutir ? Là tout est réel, vivant, facile à saisir ; là, il ne s’agit point de prononcer sur des questions immenses, et d’après des considérations plus ou moins vagues et compliquées. Que tous les hommes de toutes les classes, de toutes les opinions, arrivés là, n’y rencontrent que la loi et l’équité ; le public prendra l’habitude de penser que toutes choses doivent être réglée selon l’équité et la loi. S’il est un lieu où les préventions politiques n’aient aucun crédit, où l’esprit de parti ne soit rien, l’esprit de parti et les préventions politiques se discréditeront, s’affaibliront aussi ailleurs. La société ne demande pas mieux que d’avoir un refuge et une espérance ; elle n’affronte pas le chaos par plaisir et le naufrage de gaîté de cœur. Donnez à la justice un point d’appui sûr, et elle marchera de là à la conquête de toutes choses, du gouvernement comme de l’esprit public.

Il est temps, ce me semble, d’en essayer, car on a essayé de tout, excepté de ceci. La politique est pleine de craintes et se consume en efforts ; elle tremble peut-être de se voir bientôt au bout de sa science. Qu’elle en apprenne une autre ; qu’elle tente les voies de l’impartialité, de la vérité ; qu’elle laisse là les faits généraux, les agens provocateurs, les poursuites imprudentes, et tant de pénibles combinaisons qui ne la tirent d’embarras aujourd’hui que pour la compromettre demain. Ce n’est pas de la vertu que je lui demande, c’est un peu de prévoyance. Elle essuie des fatigues qu’elle pourrait s’épargner ; elle court des hasards dont elle peut s’affranchir. Elle rencontre des obstacles ; qui en doute ? Elle a des ennemis ; qu’elle les combatte. Mais en envahissant la justice, elle va chercher, sur un terrain où rien ne l’appelle, des obstacles nouveaux ; elle excite le mécontentement et les alarmes d’une foule d’hommes qui ne sont point ses ennemis. Grâces au ciel, il nous reste encore assez de publicité pour que de tels abus n’échappent point à notre vue ; et non-seulement ils se font voir, mais ils révèlent d’autres abus, d’autres erreurs dont ils font plus vivement sentir la gravité. Un tel mal ne se manifeste point sans accuser le système qui le produit. Il n’est jamais isolé ; il ne peut jamais l’être, et il est maintenant aussi impossible d’en méconnaître le principe que d’en mesurer toutes les conséquences. Si le principe continue d’agir, le mal se perpétuera, et ses conséquences se développeront. Que la Providence en préserve la France et la monarchie !

FIN