Tels n’ont pas été les engagemens de la restauration. Personne ne l’a faite ; elle ne s’est donnée à personne ; elle a promis d’appartenir aux besoins généraux de la société, à ces intérêts naturels et légitimes qui sont le droit et la cause de tous.
Ainsi, ce que d’autres gouvernemens n’étaient pas à leur origine, ce qu’ils n’ont pu devenir que par le laps du temps et après de longues douleurs, la restauration a dû l’être, s’est engagée à l’être dès ses premiers jours.
Ceci n’est point de la morale. La force des choses a voué, à cette situation, le gouvernement du roi : le fait s’est passé ainsi.
En oubliant ce fait, en épousant un parti, en se considérant comme le chef exclusif de certains intérêts, de certaines passions, notre gouvernement fait donc toute autre chose que ce qu’ont fait ailleurs des gouvernemens placés, dès l’abord, dans une position différente. Ceux-ci ont marché selon leur impulsion primitive. En les imitant chez nous, le pouvoir quitte son premier terrain, abandonne la route où sa destinée l’avait fait entrer, et se livre à une impulsion non seulement nouvelle, mais contraire.
Je sais de quoi on va s’armer. On cherchera, dans ce que j’ai pu dire ailleurs, des idées, des paroles qu’on essaiera de mettre en contradiction avec ce que je dis aujourd’hui. On me reprochera d’avoir aussi parlé de partis irréconciliables, d’intérêts distincts et ennemis. On me demandera de quel droit je réclame la justice, après avoir proclamé la guerre.
Misérable subterfuge qui accuse l’intelligence ou la bonne foi de ceux qui tenteraient de s’en servir !
Oui, il y a eu, il y a encore en France, une véritable lutte d’intérêts distincts et opposés. Oui, la charte est intervenue dans cette lutte pour proclamer et consommer une victoire. Je n’ai rien à rétracter, je ne rétracte rien des conséquences que ce grand fait m’a paru contenir.
Mais que contient la charte elle-même ? En consacrant le passé, a-t-elle proscrit quelqu’un dans l’avenir ? En assurant la liberté du culte aux protestans, l’a-t-elle retirée aux catholiques ? A-t-elle, comme cela s’est vu en Angleterre, interdit certains droits à certaines classes de citoyens, au moment où elle les confirmait pour d’autres ? En garantissant les ventes de biens nationaux, a-t-elle prononcé des confiscations nouvelles ? Elle a aboli toute confiscation. C’est le caractère et l’honneur de la charte qu’en accomplissant, d’une part, la victoire, elle fonde, de l’autre, l’égalité, c’est-à-dire, la justice, pour les vaincus comme pour les vainqueurs. Séparez-vous du passé ; prenez la charte comme le point de départ d’une société nouvelle, qui aura à s’en plaindre ? Qui viendra se dire maltraité, opprimé, exclu ? De même que que la restauration n’a été l’œuvre de personne, de même la charte s’est offerte et s’offre sans cesse à tous. Elle, n’est point la fille de la force, mais celle de la sagesse qui, démêlant tout ce que la révolution a eu de légitime et d’irrévocable, l’a reconnu et adopté comme le véritable intérêt de tous, comme le besoin général de la société.
Que si maintenant il est des intérêts qui ne veuillent pas accepter ce que la charte a déclaré juste et nécessaire, qui, après la défaite, ne se contentent pas de l’égalité, il faut bien que la charte se défende, et qu’elle se défende avec le secours des intérêts qui ne lui demandent que de maintenir son ouvrage, à qui l’égalité suffit, après la victoire. Mais alors encore c’est la justice, ce sont les besoins généraux de la société que la charte protége et défend ; elle est fidèle à sa parole ; elle accomplit sa mission.
Qu’on ne se prévale donc point des formes que prend la politique obligée de repousser les efforts de ceux qui ne veulent pas la justice ; qu’on n’y cherche point des prétextes pour dire que nous aussi, nous voulons le triomphe exclusif et le gouvernement d’un parti. L’arrêt de la charte sur le passé est non-seulement sage, il est juste : à tous ceux qui l’acceptent, elle garantit le même avenir. Et quand nous disons que la charte elle-même ne peut être garantie que par son alliance avec les forces qui acceptent également le passé qu’elle a clos, et l’avenir qu’elle promet, c’est la justice et toujours la justice que nous soutenons.