Bon zele.
Graces vous ren de ce vouloir propice
Prince trescher, que j'honore humblement,
Dieu m'a pourveu d'un fort grand benefice
Que j'ay tousjours de peu contentement.
Si vous vivez fort vertueusement
En ensuivant mon conseil veritable,
Je ne demande à Dieu tant seulement
Que mon conseil vous soit bien proffitable.
Sappho.
Au Monde est il chose plus delectable
Que d'exercer le plaisir de Venus,
Plaisir si grand, si doux, et amiable,
Dont maints amants heureux sont devenus?
Je croy que non, car si bien sont cognus
Tous les plaisirs de la flame amoureuse,
De moy Sappho propos seront tenus
Comme de femme excellente et heureuse.
Fy de beauté qui est trop langoureuse,
En chasteté prenant tousjours son pli,
Follastre amour est bien plus savoureuse,
Quand doucement son oeuvre est accompli.
Vous amoureux, voyez, je vous suppli,
Ma grand beauté qui de graces abonde,
Roy n'est vivant, de chasteté rempli,
Qui me voyant, à m'aymer ne se fonde.
Aymer je veux un Monarque en ce Monde,
Pour m'enrichir de ses biens precieux,
S'il m'appercoit tant belle, exquise et monde,
En contemplant la grace de mes yeux,
En admirant mon maintien gracieux,
Mon doux parler, jestime sans doubtance,
Qu'il n'aura rien plus cher dessoubs les Cieux
Que de Sappho l'amoureuse acointance.
Parquoy convient que vers luy je m'avance
Pour l'aveugler de ma mondanité,
Bien, qu'il soit sage et remply de constance,
Bien qu'il ait maistre, ou gist maturité
Pour estre instruict, voire si verité
Vient en personne à luy monstrer sa voye,
Il ne sera pour moy moins incité,
Pourveu que tant gracieuse il me voye.
Bacchus.
J'ay en mon cueur tousjours soulas et joye
Quand pres de moy j'ay les frians morceaux,
Il ne me chaut de pluye, mais que j'oye
Que tousjours pleins de vin sont mes vaisseaux
Boire d'autant, remplir Flaccons et Ceaux,
Manger jambons, avaller chair sallee,
Et m'engresser comme sont les Porceaux,
Voyla comment ma vie est consolee,
Si voyt on bien ma louange extollee
Quand je produy l'excellente liqueur
De ce Nectar, liqueur emmiellee,
Liqueur de vin resjouissant le cueur.
Si me croyez estre quelque mocqueur,
Vous vous trompez, regardez moy en face,
Je suis Bacchus, il n'ha au Monde qu'heur,
Qui comme moy de boire ne se lasse.