A tresnoble & illustre personne Monseigneur Claude du Bourg, Seigneur de Guerigné, Chevalier, Conseiller, et Thresorier de France, estably à Rion, Francois Habert son treshumble et obeissant serviteur, desire salut, et felicité perpetuelle.
Celle qui peut toutes choses, Nature,
(A scavoir Dieu) donne à sa creature
Dons differens, aux uns hautain scavoir,
Aux uns beauté, aux autres riche Avoir:
Mais ce dont plus la personne bien née
Est noblement en ce Monde exornee,
C'est la beauté en l'Esprit permanente,
Beauté qui est hautaine et eminente,
Ceste beauté exquise, et de hault pris,
(Qui nobles rend et heureux les esprits)
Reluit en vous, voire de telle sorte
(Noble seigneur) que la Palme ell'emporte
Dessus plusieurs, en liberalité,
Et jugement plein d'immortalité,
Dont à bon droict convient que ma Minerve
En ses escrits tel honeur vous reserve,
Que l'oeil aigu de la posterité
Juge combien vous avez merité,
Qui ressemblez au Phenix seul et rare
Par un destin du Ciel, qui vous separe
Des ords desirs d'un avaricieux
Qui l'or terrien trouve plus precieux,
Que la vertu tant noble, rare, et saincte
En vostre esprit divinement empraincte,
En ensuivant voz Majeurs excellans,
Qui ont esté en France vigilans,
Au bien public, mesmes pour la couronne
Qui de noz Roys le chef digne environne.
Ce hault renom de la rare vertu,
Dont vostre sens est noblement vestu,
M'a incité de tirer hors du coffre
De ma Pallas, l'oeuvre que je vous offre,
C'est Zoroastre, un Philosophe grand,
De hault Scavoir, les autres denigrant,
Y fust Platon, le riant Democrite,
Y fust aussi le plorant Heraclite,
Voire tous ceux qui par l'antiquité
Ont jusqu'icy los et auctorité.
Outre verrez morale Comedie,
Qu'à voz vertus et graces je dedie,
Ou vous verrez mon introduction
D'un fort grand Roy, plein d'imperfection
Premierement, puis de grand excellence
Pour avoir crainct de Mort la violence,
Bien esperant qu'en tirerez plaisir
En le lisant quelque fois à loisir,
Combien qu'avec vostre honeur magnifique
Vous abondiez de scavoir poetique,
Et de scavoir encores plus exquis.
Que vous avez divinement acquis.
Sur ce je pry l'eternelle puissance
De voz desirs vous donner jouissance,
Puis qu'advenant vostre ordonné trespas
Preniez au Ciel cest immortel repas,
Qui est promis par l'Eternel à ceux
Qui aux vertus n'ont esté paresseux,
Ainsi que vous, plein de graces infuses
Le Mecenas des lettres et des Muses.
A mondict Seigneur le Thresorier.
Sonnet.
Tous les thresors du Monde ambicieux
(Tant soient ilz grands) on voit deperissables:
Mais les thresors à jamais perdurables,
Sont en l'esprit, qui ha source des Cieux.
De ces thresors saincts, rares, precieux,
Vestus ne sont avares detestables
Qui ayment moins les vertus souhaictables
Que l'or caché des avaricieux.
Mais la vertu d'inestimable pris,
Qui noblement en vous son ply a pris,
Donne tel los a vostre grand prudence,
Que pres des Roys, par immortel renom
Des vertueux, florira vostre nom,
Et voz vertus mettra en evidence.