Bacchus.
Cher Prince, je vous jure
Qu'il est plus doux que miel, oultre mesure,
Et pour cela esprouver promptement,
Tenez, buvez, de ce je vous asseure
Que dormirez en grand contentement.
Le Monarque bura plusieurs fois, puis dira en se couchant sur un lict.
O doux bruvage, O doux allegement,
Succre ne Miel ne semblent rien au pris,
O doux Nectar, O doux soulagement?
Douce liqueur donnant joye aux Espris?
Certainement de sommeil suis espris,
Vien Pasiphile, appareille ma Couche,
Si que par moy soudain repos soit pris
Faire ne puis que tost je ne me couche.
Bacchus.
C'est faict, il n'est homme aucun si farouche
Qui endormi ne soit de mon bruvage,
Bruvage fort, qui jusques au cueur touche
Et rend subject ce Roy, grand personnage.
Jugez, mortels, si je porte dommage,
Ou bien proffit, au corps de tous Humains,
En voulez vous plus certain tesmoignage
Que d'un Monarque endormi par mes mains?
Je suis utile et nuisant en lieux maints,
Utile à ceux qui selon suffisance
De ma liqueur usent, aux inhumains,
Nuisant je suis par leur intemperance,
Ce Roy n'a sceu user de temperance,
En prenant trop du bruvage ordonné,
Voyla pourquoy il se sent à outrance
De ma liqueur, qui l'a tout estonné.
Verité.
Ce Redempteur de vierge mere né,
Seul toutpuissant, celeste, veritable,
Pour les Humains en croix passionné,
Ayme celluy qui n'est point decevable,
Et un chacun luy sera agreable,
Qui sera plein de paix et charité,
C'est luy qui est mon pere charitable,
Sa fille suis, qu'on nomme Verité.
Envers les bons j'ay grand auctorité,
Le cueur desquelz en erreur ne se plonge,
Mais les remplis d'erreur et vanité,
Sont mes haineux, comme pleins de mensonge,
Comme ambrassans idolastrie et songe,
Comme suivans toute deception,
Mais des parfaicts l'esprit à rien ne songe
Qu'à honorer ma grand perfection.