Hé, qui es tu? je te tien incognu,
Je ne vy onc une si large face.
Dy moy ton nom, et ou tu t'es tenu,
Car ton regard n'est de mauvaise grace
Bacchus.
Mon nom est grand, et de grand efficace,
Je suis Bacchus en tous lieux Renommé,
Aux plus crainctifs donnant force, et audace,
Le Dieu Bacchus des anciens nommé
Par tout je suis, par tout suis estimé:
Par ma liqueur doucement violente,
Car qui en boyt, soubdain est assommé,
De doux sommeil qui à luy se presente.
Pasiphile.
Voyla mon cas, voyla ma vraye attente,
Je suis des tiens, o Bacchus mon amy,
Car il n'y à rien qui plus me contente
Que d'estre saoul, et puis bien endormy,
Puis destre fort contre mon ennemy,
Batre, frapper, (o plaisant exercice)
Boire d'autant, et non point à demy,
Vivre et mourir je veux soubs ton service.
Bacchus.
Monarque enten, les Roys ont soubs ma lice
Vescu jadis, ce grand Roy Alexandre
De mon pouvoir à receu la notice
Quand je l'ay faict à moy subject se rendre.
De Loth aussi un chascun peut entendre
Aux Escrits saincts, que ma main luy livra
Ce doux Nectar ou vous debvez pretendre,
Car ce bon Loth doucement s'enyvra.
Bref à jamais mon hault renom vivra,
Grands et petis ont de moy cognoissance,
En tous endroicts un chascun me suivra,
De ma liqueur cognoissant la puissance:
Puis ta Sappho ayme mon alliance,
Car sans Bacchus et Ceres, (comme on dict)
Froyde est Vénus en sa resjouissance,
Voyla comment j'ay vers elle credit.
Le Monarque.
Ce tien bruvage (ainsi que m'as predict)
Est il si doux, que Sommeil il procure?
Sil est ainsi, je veux sans contredict
En boyre un peu.