Le Monarque.
Son doux maintien en cent graces perfaict,
Son entretien, sa tant douce parole,
Son beau visage, exquis, et tant bien faict,
Tout cela faict que mon cueur se console.
De grand soulas, certes, le cueur me vole
Quand je la voy tant pleine de beauté,
Et ce qui plus encor mon cueur affolle,
C'est sa naive et douce privauté.
Vaincu je suis de sa speciauté,
Deliberant l'aymer, et luy complaire,
Et l'enrichir soubs ma grand Royauté,
Bien que cela soit aux vertus contraire.
Bacchus.
Je voy le lieu ou je me doy retraire,
C'est vers ce Prince en Richesse excellant,
Je m'y en voys pour tost à moy l'attraire,
Il me fault estre en cela vigilant.
Pasiphile.
Sire, je voy homme, qui en pas lent
Vient saluer vostre Majesté haulte,
Il ha le nez rouge et estincellant,
O c'est Bacchus, il n'y à point de faulte,
De grand soulas, certes, le cueur me saulte,
Car je le voy garny de la Bouteille
Et de Jambon, o la personne caute,
C'est pour la soif qui souvent le resveille.
Bacchus en saluant le Monarque.
Prince, duquel la grandeur m'esmerveille,
A autre fin vers vous ne suis venu,
Que pour compter la force nompareille
Qui est en moy, quand bien m'aurez cognu.
Le Monarque.