Bon zele.
O qu'il me doit bien griefvement desplaire
De n'avoir sceu reduire aucunement
Ce Prince grand, ne son desir distraire
De folle amour, par mon enseignement?
Que verité n'a peu semblablement
Le convertir à juste penitence.
Si ay je espoir en Dieu fidelement
Qu'il perviendra au fruict de repentence.
Car le Seigneur plein de haulte clemence
Ha des pecheurs souventefois mercy,
Je le supply que sa bonté immense
En face autant de ce Monarque ici.
Las, son erreur me mect en grand souci,
O Toutpuissant par ta misericorde,
Ren de ce Roy le cueur plus adouci,
A celle fin qu'à ton vueil il accorde.
Atropos en parlant au Monarque.
Pense Monarque à la conscience orde
Qui tient ton ame en grand captivité,
Regarde moy, et ores te recorde
De ton forfaict conceu d'iniquité,
Tu as suivi prudence et equité
Bien longuement, mais la perseverance
N'a ensuivi ce moyen limité,
Car en erreur tu fais ta demourance.
En bref mourras, recoy ceste asseurance
Non en perdant le corps tant seulement,
Mais l'ame aussi en extresme souffrance
Qui durera perpetuellement.
Le Monarque.
O Dieu que j'ay en moy grand tremblement
De ceste voix, et vision mortelle?
Approchez vous de moy soudainement
Mon enseigneur et vray ami, Bon zele.
Je ne receu onc une craincte telle,
Las, c'est la Mort, O laide vision?
O face horrible, execrable et cruelle?
Mon cueur recoit humble contrition.
Je recognois mon imperfection,
Je recognois ma rebelle imprudence,
O Toutpuissant plein de perfection
Tu m'as produict ma coulpe en evidence.
Plus avec moy ne fera residence
Ceste Sappho, qui m'a faict tresbucher,
Preferer veux honeste continence
Aux fols souhaicts et plaisirs de la chair.
Doncques mon Dieu, dont le nom je tien cher,
Je te suppli par ta misericorde
Me pardonner, et me faire approcher
De chasteté, de paix, et de concorde.