Les peines des mortels, c'est la concupiscence
Qui fort les tient liez oultre leur resistence.
Que la grandeur de l'ame immortelle et divine
Tousjours en toy du corps les appetits domine,
En elevant tousjours envers le Ciel les yeux
De ton Esprit rassis, divin, et precieux.
O Creature humaine, O noble Creature?
O artifice grand faict des mains de nature?
En me nommant ainsi, verras sans contredict
Que cela des long temps de l'homme fut predict,
Car du hault Ciel vousté la grand architecture
De l'oeil humain n'est veue en sa propre figure.
Les Estoilles aussi qui par le Ciel s'espandent,
Leur clairté naturelle à l'oeil humain ne rendent.
La splendeur de la Lune à noz yeux n'apparoist
Comme parmy les Cieux resplendissante elle est.
De tous les Elémens la Terre plus pesante
En sa pureté n'est à nous apparoissante.
Ne t'estime donc voir de Nature l'image
De voir le corps visible uni à l'ame sage,
Ignorante de fraude, & qui divinement
Du feu clair, qui est Dieu, ha son gouvernement.
Lors que tu auras veu reluire en lieu divers
Ce feu sainct sautellant par le Monde univers,
Enten du feu la voix de puissance eternelle.
De ce seul Toutpuissant la bonté paternelle
Aux ames à enté une marque et Enseigne
Qui de perfection le chemin leur enseigne.
Il te convient scavoir la chose intelligible
Hors de l'intelligible estre, & n'est pas possible
De bien la concevoir sans les graces d'en hault,
Ou élever tes yeux sans cesser il te fault.
La chose intelligible est Dieu certainement
Que lon doibt concevoir de pur entendement.