Rien ne dois adjouster au Destin éternel,
Qui t'à esté prescrit, car rien du Paternel
Ordre et commencement, n'ha imperfection:
Mais la saincte pensee ou gist perfection,
(C'est à scavoir de Dieu la haute providence)
Ne met les veux d'aucun en perfaicte evidence
Jusqu'à ce que du corps son Esprit deslié
Tout ce qui est charnel puisse avoir oublié,
Et prononcé le mot, fichant en sa memoire
Du Pere supernel la marque ou gist sa gloire.

Tu dois soigneusement avancer ton grand heur
Pour du Pere divin voir la grand resplendeur,
D'ou ton ame est venue, estant environnee
De mainte intelligence et de sens exornee.

Mais miserable, helas, est la vie de ceux
Qui sont trop negligens, trop froids, et paresseux
A contempler de Dieu l'excellente lumiere,
D'ou leur ame a receu origine premiere,
Dont par mauvaise vie, et par temerité
Grand reproche ilz auront de la posterité,
L'ame pour fuyr vice, ha des raisons utiles,
Qui sont par oubliance à deslier faciles.

Au senestre costé du repos, la fontaine
Repose de vertu excellente et hautaine,
Toute infuse en l'esprit divinement repeu,
Qui en sa fermeté n'est jamais corrompu.

L'ame de l'homme est bien de telle qualité,
Qu'elle retient en soy aucune deité,
Jamais rien de mortel, certes, elle n'embrace,
Doute enyvree elle est d'une divine grace,
Recevant gloire, honeur, & liesse assouvie
De se sentir conjoincte à un corps qui ha vie.
Car veu que l'ame ainsi est le resplendissant
Feu, lumiere, & splendeur du Pere toutpuissant,
Elle demeure aussi constante et immortelle,
Et de la vie ainsi dame & maistresse est elle,
Contemplant plusieurs lieux quand elle est en ce Monde.

Cherche le Paradis ou tout soulas abonde.
Garde que ton Esprit tombe à corruption
Par l'appetit du corps plein de pollution,
Et veu que l'Esprit est chose unie & subtile,
Ne le rend gros et lourd, pesant, & inutile.

Mesmement pour le corps de vices préservé
Au Paradis luisant un lieu est reservé,
Et pourautant tu doibs avoir le soing du corps,
Le gardant avec l'ame en paisibles accords,
A celle fin que l'ame à la solution
Du corps charnel, ne tombe en molestation.

Quand ton Esprit luisant tousjours eleveras,
Le corps foible & caduc ainsi conserveras.

Comme l'homme excellant, Chiens qui de Terre sortent,
Si noble naturel de la Terre n'apportent.

Nature nous aprent estre purs les Espris,
Et que rien de macule en iceux n'est compris,
Et nous suade aussi matiere vicieuse
Produire la senmence et bonne et fructueuse.