L'ame de l'homme ha telle auctorité,
Qu'elle ha en soy un peu de Deité,
Car estant faicte à l'exquise semblance
De Dieu vivant, elle ha bien cognoissance
D'estre enyvree et pleine de l'odeur
Des biens divins, et de la resplendeur
De l'Eternel, duquel elle tesmoigne
Les haults biensfaicts, & n'ha point de vergoigne
D'ainsi se voir joincte à un corps mortel
Qui prent vigueur par l'Esprit immortel,
Voire bien fort elle se glorifie,
Et humblement les biensfaicts gratifie
De son autheur, dont la chose immortelle
Est sainctement conjoincte à la mortelle.

Voyla pourquoy Zoroastre est apris
De mettre l'ame en grand honeur et pris,
Nous enseignant qu'elle prent origine
De la puissance eternelle et divine
Du Createur et Pere Toutpuissant,
Et que l'ame est un feu resplendissant,
C'est à scavoir une divine Essence
Ayant le don de saincte intelligence,
Dont elle tend à immortalité,
Pour ce qu'elle est d'une Divinité
Participante, en Dieu toute ravie,
Dont il la dict Maistresse de la vie,
C'est à scavoir qu'aucun temps ne sera
Qui la vigueur de l'ame effacera.
Car ce qu'on peut nous oster et distraire,
Aucunement n'est nostre, et au contraire
Ce qu'on ne peut nous oster nullement,
Nostre sera perpetuellement,
C'est à scavoir ceste vie eternelle
Que recevons par grace supernelle.

Ce Zoroastre aussi divinement
En ses Escrits nous donne enseignement,
Nous exhortant à chercher Paradis.
O excellens & salutaires Dicts?
Certainement ce Philosophe antique
Approche fort du sermon Prophetique,
Ou nous lisons des Chrestiens l'esperance
De faire un jour au Ciel leur demourance
Dont il convient de Zoroastre suivre
L'enseignement et conseil, pour bien vivre,
Sans maculer nostre Esprit (comme il dict)
D'iniquitez, et de crime maudict,
Et sans gaster nostre ame incorruptible
Des appetis du vaisseau corruptible,
A scavoir est de ce terrestre corps,
Qu'il fault unir en paisibles accords
Avec l'Esprit, et que l'Esprit domine
Tousjours au corps, et de soy extermine
Les appetis, qui sont desordonnez,
Par sens rassis et fort bien ordonnez,
En ne laissant devenir inutile
Nostre Esprit bon, qui est chose subtile.

Au corps aussi de crimes preservé
Un lieu au Ciel dict estre reservé
Ce Philosophe ancien Zoroastre,
Ce propos la ne sent son idolastre,
Encores moins son Epicurien
Enveloupé d'un sens Venerien,
Et aux mondains plaisirs mettant sa cure,
Pour ensuivir le conseil d'Epicure
Qui à gasté un si grand nombre d'hommes
De son erreur, voire au temps ou nous sommes,
J'ay bien grand peur qu'en meschante union
Plusieurs gens soyent de son opinion,
En niant Dieu, et de sa providence
Les saincts effaicts, qui sont en evidence.
Par ce propos de Zoroastre expert
En saincte et grand Philosophie, appert
Des corps mortelz la resurrection,
Disant qu'aux lieux de consolation,
(Au Paradis ou l'Eternel demeure)
Est preparee au corps une Demeure.
N'est ce pas la croire certainement
Que le corps doibt un jour divinement
Resusciter? O divine sentence?
Le Ciceron Chrestien, qui est Lactance,
Refute assez ces Epicuriens
Trop aveuglez en plaisirs terriens,
Sainct Paul assez en verité persiste
Quand il nous dict que le corps resuscite,
Sainct Pierre assez nous à peu reciter
Qu'en corps un jour debvons resusciter.
Et pourautant si en nostre poictrine
Voulons garder de Jesus la Doctrine,
Ne tombons pas en ceste terreur damnable,
Et jugement faux et abominable
De nier Dieu, et croire que par Mort
Avec le corps l'Esprit de l'homme est mort.
Ce que nié mesmes ont les Etniques
Qui n'avoyent veu les livres Prophetiques,
En esperant que fuyans forfaicture,
Et gouvernez par les Droicts de nature,
Ilz auroyent lieu au Paradis tant beau,
Le corps estant au funebre Tombeau.

Doncques suyvant Zoroastre en son dire,
Il fault veiller autant qu'il doibt suffire,
A ne lascher la bride au corps charnel,
Pour le gaster de vice criminel,
Et en convient par toute diligence
Avoir le soing, pour en convalescence
Mieux le tenir, affin que les parties
Du corps mortel, soyent mieux assubjecties
Au vueil de l'ame, et à la dignité
Qu'elle recoit de sa Divinité.

Et si nostre ame est au Ciel élevee,
Mieux en sera la santé conservee
De nostre corps, de l'ame le vaisseau,
Certes l'homme est ainsi qu'un arbrisseau
Qui porte fruict, alors qu'il donne lieu
A bonnes meurs, et des graces de Dieu
N'est point ingrat, et combien que la Terre
(Qui en son Sein tant de choses enserre)
Produict les Chiens, et animaux qu'on nomme
De divers noms, l'excellence de l'homme
Les passe tous, qui peut lever les yeux
Pour contempler la grand vouste des Cieux,
En démonstrant par sa noble excellence
Un naturel de plus haulte apparence
Que tout cela que Terre produict:
Qui doibt en fin par Mort estre destruict,
Mais de nostre ame est la dignité telle,
Qu'elle n'est point caduque ne mortelle.

Quant aux Démons que Zoroastre dict
Espris entiers, pour approuver son dict,
Cela s'entend des Anges supernels,
Qui sont divins, purs, saincts, et éternels,
Et par lesquelz conducteurs salutaires
L'ame penetre aux celestes misteres.

Et des Mortels les peines recitees
Par Zoroastre, et dont sont agitees
Noz voulontez, c'est la concupiscence
Des appetis charnels prenant naissance,
Qui vient les cueurs estroictement lier,
Mais les prudens s'en peuvent deslier,
En prevoyant le conseil fort honeste
Dont ce predict autheur nous admoneste,
Alors qu'il dict de l'homme le grand heur
De contempler de l'ame la grandeur,
Et de lever les yeux et la pensee
Envers le Ciel. O Personne insensee,
Regarde un peu ceste admonition
D'un Philosophe, ou gist saluation,
Leve les yeux au Ciel, non contre bas,
Ou lon ne voit qu'impudiques esbas.

Considerons Nature presidente
Avoir donné une forme excellente
A l'homme noble, et qu'il ha la notice
Que de nature il est sainct artifice,
Scavoir de Dieu l'image et le pourtraict,
Si son Esprit est de vices distraict.

Mais ne pensons qu'en voyant la visible
Forme de l'homme, on puisse l'invisible
Image voir de ceste ame cachee,
Qui n'est de dol et de fraudes tachee,
Car si des Cieux la vraye architecture
Par l'oeil charnel en sa propre figure
Ne se peut voir, si de la Lune belle
On ne peut voir la splendeur naturelle,
Si l'oeil ne voit les Astres precieux
Resplendissans ainsi qu'ils sont aux Cieux,
Et si la Terre aussi, la plus pesante
Des Elemens, n'est pas apparoissante
En propre forme et vraye pureté,
Nostre ame aussi (à qui la majesté
Du Toutpuissant, à donné tant de bien)
N'est apperceue à l'oeil qui est terrien,
Ne la beauté divine, tant louee,
Dont le Recteur souverain la douee.