Plusieurs naturalistes ont parlé de ce destructeur de serpens, et l’ont décrit; mais peu l’ont, à ce qu’il paroît, bien examiné. Buffon lui donne la dimension d’une grande grue; il s’en faut pourtant de beaucoup qu’il ait la hauteur des grandes espèces de ce genre; il est même inférieur de taille à notre grue européenne, et n’a enfin tout au plus que trois pieds deux à trois pouces de hauteur. Quand à ses longs pieds, que l’auteur compare à ceux des oiseaux de rivage, il n’est pas le seul oiseau de proie dont le tarse soit aussi long, car les éperviers, proportionnellement à leur taille, l’ont au moins de la même longueur; et il est absolument faux que la jambe de cet oiseau soit dégarnie de plumes un peu au-dessus du genou[15]. Tout au contraire, les plumes des jambes descendent un peu sur le devant du tarse. Au reste, cet oiseau est si mal figuré dans les planches enluminées de Buffon, No. 721, qu’il est impossible de le reconnoître dans ce portrait peu fidèle, tant pour ses couleurs que pour sa forme totale. La peau nue qui entoure son œil et la base du bec, n’est pas rouge, comme dans la figure que nous avons citée, mais d’un jaune, plus ou moins orangé; il n’a pas non plus le cou de cigogne qu’on lui prête, et encore moins un bec de gallinacée; et ce n’est pas un vautour, comme le prétend Forster. Il n’a pas enfin la queue fourchue que lui donne Sonnerat, qui en a publié une figure vraiment grotesque dans son Voyage à la nouvelle Guinée, planche 50; on n’a pas oublié dans ce portrait, le caractère du bas de la jambe dégarni de plumes.
Kolbe a confondu cet oiseau avec le pélican: le nom de slang-vreeter (mangeur de serpens), qu’il applique au pélican, est le nom que porte au Cap, dans toute la colonie et chez les Hottentots, l’oiseau dont nous parlons. Les Hollandois l’ont nommé ensuite secretaris (secrétaire), par comparaison avec leurs écrivains de bureau, qui généralement ont l’habitude de ficher leurs plumes dans leur perruque derrière l’oreille, et dont celles de la huppe de cet oiseau rappellent l’idée. Vosmaer l’a nommé sagitaire, et d’autres enfin messager, par rapport à la vîtesse de sa course. Quant à moi, je lui conserverai son véritable nom, qui lui convient mieux; car enfin ce n’est pas un secrétaire, ni un sagitaire, et encore moins un messager; mais c’est un mangeur de serpens.
Cet oiseau est caractérisé, par un bec crochu et fort comme celui des aigles; par un long tarse; par une touffe de plumes inégales, qui lui forme, sur le derrière du cou, une espèce de crinière pendante, qu’il peut hérisser à volonté; et enfin par une queue très-étagée, dont les deux plumes du milieu sont du double plus longues que les deux suivantes, et traînent à terre pour peu que l’oiseau les tienne obliquement. L’œil est d’une couleur grisâtre; il est très-ouvert et garni d’un sourcil de cils noirs. La bouche est grande et fendue jusque passé les yeux; la gorge, fort ample, est susceptible d’une très-grande extension, ainsi que la peau du cou. Le jabot est d’une ampleur considérable, et contient une quantité prodigieuse de nourriture.
Le plumage du Mangeur de serpens mâle, lorsqu’il est parvenu dans son état parfait, est, sur la tête, le cou, la poitrine et généralement tout le manteau, d’une couleur gris bleuâtre, nuée plus ou moins d’une légère teinte de brun-roux sur les couvertures des aîles; les grandes pennes sont noires. La gorge, ainsi que les plumes qui couvrent le sternum, sont blanches, et celles du dessous de la queue sont d’un blanc sali de roussâtre; le bas-ventre est noir, mêlé et comme rayé de roux ou de blanc; les jambes, enfin, sont couvertes de plumes d’un beau noir, rayé imperceptiblement de brun; vers le talon, cette rayure prend un ton plus blanchâtre. La base du bec et la peau nue des yeux sont d’une couleur jaune, plus orangée au-dessus de l’œil. Le bec est couleur de corne noirâtre, ainsi que les ongles, qui sont courts et émoussés. Les doigts, très-épais, sont, ainsi que le tarse, couverts de larges écailles d’un brun jaunâtre. La queue est, comme je l’ai dit, très-étagée; les pennes qui la composent sont, en partie, noires, et prennent toujours plus de gris à mesure qu’elles s’alongent; elles sont de plus toutes terminées de blanc: les deux du milieu, qui dépassent de beaucoup toutes les autres, sont entièrement d’un gris-bleu, nuées de brun vers le bout, où elles portent une tache noire et sont aussi terminées de blanc; mais il arrive quelquefois que ce bout blanc disparoît entièrement, par le frottement qu’elles éprouvent en traînant souvent à terre. J’ai remarqué encore que ces deux longues plumes se rétrécissoient depuis le croupion jusqu’au milieu de leur longueur, et que de-là elles prennent, au contraire, toujours plus de largeur jusqu’au bout. La huppe de cet oiseau est composée de dix plumes très-apparentes; elles ne naissent point sans ordre, mais sont implantées deux à deux: les plus courtes étant placées sur le haut du cou et les longues plus bas; elles occupent ensemble un espace de plus de quatre pouces: les plus grandes sont noires, principalement à leurs extrémités extérieures; d’autres sont mélangées de gris et de noir; toutes sont étroitement ébarbées à leur naissance, et s’élargissent toujours davantage; enfin, elles ont absolument la forme d’une massue, et jouent au gré des vents et au moindre mouvement que fait l’oiseau, qui a aussi la faculté de les redresser à volonté.
La femelle diffère du mâle par sa couleur grise, moins nuancée de brun; par sa huppe moins longue et plus mêlée de gris; par son bas-ventre, qui est blanc, et par les plumes de ses jambes qui sont plus traversées de rayures brunes ou blanches, et enfin par les deux plumes moins longues du milieu de la queue.
Dans le premier âge, le gris est nuancé d’une forte teinte roussâtre; chaque plume des jambes est terminée par un liséré blanc, et le bas-ventre est entièrement blanc. La huppe est non-seulement courte, mais tout à fait d’un gris roussâtre, et les deux plumes du milieu de la queue ne s’étendent pas plus loin que les autres. Les proéminences osseuses des aîles ne paroissent pas du tout dans le jeune âge. Dans l’oiseau adulte, il faut soulever l’aîle pour les sentir, et elles ne sont absolument que des apophises du métacarpe.
DES AUTOURS.