LE BLAC, Nos. 36 ET 37.
Si, comme je l’ai remarqué nombre de fois, plusieurs caractères réunis de la conformation d’un oiseau facilitent les moyens de reconnoître la place qu’il occupe dans l’ordre que nos nomenclateurs méthodistes ont établi à leur gré; combien aussi ne se trouve-t-on point embarrassé quand ces caractères extérieurs ne s’accordent plus avec les habitudes et l’ensemble total de l’individu, que l’on cherche à ranger dans un genre connu? Rien ne prouve d’une manière plus évidente combien les méthodes générales seront peu satisfaisantes avant que nous n’ayons une connoissance plus parfaite de toutes les espèces, et notamment des mœurs de chacune d’elles en particulier. Le défaut d’observations exactes sur cette partie des mœurs, la plus essentielle sans doute pour bien connoître la vraie place que tient chaque espèce dans l’ordre de la nature, a été totalement négligée jusqu’à ce moment; de-là toutes ces classifications adoptées par les uns, rejetées par les autres, et sans cesse contrariées et démenties par les ouvrages mêmes de ceux qui les ont établies. J’ai mainte et mainte fois remarqué par moi-même combien le premier coup-d’œil sur l’ensemble général d’un oiseau, quand on est habitué à les voir et à les examiner dans leur état de nature, étoit décisif, plus certain et moins sujet à erreur, pour le rapporter à son genre, que la vérification détaillée des caractères génériques qu’il a plu à nos nomenclateurs d’établir, et cela souvent d’après l’examen d’un seul individu mutilé, dont ils n’ont jamais vu que la peau mal rembourrée, et ignorant absolument jusqu’à la plus petite particularité de la manière de vivre de l’espèce dont ils parloient.
C’est non-seulement d’après ce coup-d’œil, et que j’ose dire très-exercé, que je me refuse de rapporter le Blac au genre du milan; mais encore par ses habitudes et sa façon de vivre, qui diffèrent totalement de celles de cet oiseau, avec lequel il tient cependant par sa queue fourchue et par ses longues aîles. Je lui trouve beaucoup plus d’analogie avec l’oiseau décrit par Brisson, sous le nom de milan de la Caroline[20]. Comme lui, il a le tarse proportionnellement plus court que le milan, et sa mandibule supérieure manque aussi du crochet des côtés. Je rangerai donc le Blac à côté de ce prétendu milan de la Caroline; d’autant plus que leurs mœurs sont les mêmes, d’après ce que dit Catesby, qui parle de cet oiseau américain sous le nom d’épervier à queue d’hirondelle[21].
La queue du Blac est très-peu fourchue; car la plus longue plume de chaque côté n’excède que d’un pouce celles du milieu, qui sont les plus courtes; ainsi, par ce caractère, il sera facile à distinguer du milan de la Caroline de Brisson, dont les deux plus grandes plumes de la queue sont de huit pouces plus longues que celles du milieu.
Le Blac mâle, que j’ai fait représenter dans la planche coloriée, No. [36], est de la taille de notre cresserelle femelle. Cet oiseau est facile à reconnoître par le noir de toutes les couvertures de ses aîles, le blanc de la partie antérieure de son corps, le gris roussâtre de son manteau, de sa tête et de son cou par derrière. Les pennes des aîles sont d’une couleur cendrée plus ou moins foncée, et toutes sont terminées de blanc; les scapulaires le sont d’une ligne roussâtre fauve. La queue est blanche en dessous, et d’un gris nué de roussâtre par-dessus; les deux plumes du milieu, plus entièrement de cette couleur, sont, ainsi que toutes les autres, terminées de blanc. Du noir couronne l’œil, qui est d’un orangé vif. Le même noir ombrage l’espace compris entre les narines et l’œil. Les serres sont noires, ainsi que la mandibule supérieure; l’inférieure l’est seulement au bout; sa base est jaune, ainsi que les doigts et le tarse, dont une partie du haut est emplumée et se trouve couverte par les culottes très-amples de cet oiseau. L’aîle pliée s’étend plus loin que le bout de la queue.