Nous venons de suivre la vaste extension de la descendance d'Arphakschad dans l'ouest et le sud-ouest, telle que le texte biblique la donne avec beaucoup plus de détails que celle d'aucun autre des rameaux congénères. Mais le rang de ce nom dans la liste des fils de Schem se rapporte à la position du berceau premier de tous ces peuples, et non au champ de leur développement postérieur. Les deux derniers fils de Schem sont Loud et Aram. Ils représentent les deux divisions, septentrionale et méridionale, des peuples Araméens ou Syriens.

On a cherché dans Loud les Lydiens de l'Asie-Mineure, d'après une assonance de noms purement fortuite. Les Lydiens sont un peuple aryen de race et de langage; et leur position géographique ne correspond aucunement à celle du Loud, fils de Schem, qui, d'après son rang dans l'énumération, habitait entre Asschour et Arphakschad, d'une part, et Aram, de l'autre. Sur ce qu'est ce dernier, pas de doute possible, son nom a gardé sa signification ethnographique et géographique dans toutes les langues orientales. Seulement, dans toute la Genèse, sa signification est beaucoup moins étendue que plus tard. Qu'on y emploie les noms d'Aram simplement, de Paddan Aram ou de Aram Naharaïn, ces expressions ne désignent jamais (nous en donnerons la preuve dans le livre de cette histoire consacré aux Israélites) que le pays voisin de Dammeseq ou Damas, c'est-à-dire la Syrie méridionale. Et c'est aussi là que nous maintient la liste des fils d'Aram dans le tableau ethnographique du chapitre X.

Ces fils sont, en effet:

'Ouç, le peuple auquel appartient le Patriarche Yiob (Job); le même nom reparaît dans les généalogies des descendants de Na'hor et de ceux des 'Horim, ce qui indique que des éléments divers s'étaient mêlés dans le peuple qu'il désignait; parmi les fils de Na'hor, 'Ouç a pour frère Bouz, et les documents assyriens mentionnent, comme deux peuplades situées à côté l'une de l'autre dans le désert à l'est de la Syrie, 'Hazou et Bazou; le prophète Yirmiah (Jérémie) parle d'un pays de 'Ouç touchant à celui d'Edom, du côté du nord, et c'est bien là qu'est la scène de l'histoire de Yiob; d'un autre côté, le 'Hazou des inscriptions cunéiformes assyriennes est plutôt voisin de la Trachonitide, où l'historien juif Josèphe place le 'Ouç, fils d'Aram; enfin Ptolémée parle d'une peuplade de Aisitæ ou Ausitæ, errant dans le désert à l'ouest de l'Euphrate; tout ceci donne l'idée d'un peuple qui s'est formé dans l'est de Damas et de la Trachonitide, et s'est ensuite brisé en plusieurs tronçons, répandus sur différents points du désert de Syrie;

'Houl, dont le nom est celui du pays de 'Houl ou 'Houla, placé par les géographes arabes entre les contrées antiques de Baschan et de Golan; le territoire de la population désignée par ce nom devait s'étendre jusque là où est située 'Houleh, sur le lac Merom;

Gether est représenté dans les généalogies traditionnelles des Arabes comme la source des peuples de Themoud et de Djadis; on n'est pas en mesure de discuter la valeur de cette donnée; dans le document biblique, Gether paraît correspondre au canton que la géographie classique appelle l'Iturée;

Pour le quatrième fils d'Aram, Masch, les interprètes ont hésité entre la Mésène, que nous avons déjà vu désigner tout à l'heure sous la forme Mescha, et le Masius auprès de Nisibe; la question est tranchée en faveur de la Mésène par ce fait que les inscriptions cunéiformes assyriennes y placent un peuple d'Arami ou Araméens; cette fraction de la famille sémitique y avait établi de très bonne heure une de ses tribus; peut-être même avait-ce été là le berceau premier d'où sa majeure part avait émigré pour la Syrie.

Ce dernier nom nous éloigne donc de la Syrie méridionale, mais non pour nous amener dans la Syrie du nord, qui reste absolument en dehors de la descendance d'Aram, dans le tableau du chapitre X de la Genèse. Pour cette dernière région, c'est Loud qui l'y représente. C'est, en effet, de ce côté que la situation dans laquelle Loud est mentionné entre les fils de Schem, nous oblige à le chercher; et les généalogies traditionnelles des Arabes nous confirment dans cette voie, en faisant, dans quelques-unes de leurs versions, de Loud un fils d'Aram. Ces généalogies n'ont pas, sans doute, une bien grande autorité; cependant ici elles ne sauraient être absolument méprisées, car elles nomment Pharis comme un fils de Loud ou Laoud, et dans le seul passage biblique où il soit encore question du peuple asiatique de Loud [139], il est associé à Paras comme fournissant tous deux des mercenaires aux armées de Tyr. Mais ce qui est bien plus sérieux et qui doit entrer au premier rang en ligne de compte pour la solution du problème des deux derniers fils de Schem, c'est que les monuments égyptiens donnent le nom de Routen à l'ensemble des peuples connus plus tard sous l'appellation générique d'Araméens. Ils distinguent, du reste, ces peuples en deux groupes sous leur nom commun: le Routen inférieur ou Khar [140] qui correspond à l'Aram du tableau ethnographique de la Genèse, en y joignant le pays de Kena'an ou la Palestine; le Routen supérieur, auquel appartient, du reste, plus spécialement et plus en propre le nom de Routen, et que désigne