13° Les langues wolofes, parlées dans le Cayor, le Walo, le Dhiolof et le Dakhar.
14° Les langues du nord-est du haut Soudan.
15° Les langues du Bornou, dans l'Afrique centrale.
16° Les langues poules, propres à un peuple originaire de la côte orientale d'Afrique, qui occupe aujourd'hui dans le centre du continent un espace d'environ 750 lieues de long sur 125 de large, coupé au milieu par le Niger, entre les dixième et quinzième degrés de latitude nord.
Toutes les familles de langues africaines que nous venons d'énumérer, appartenant à des peuples d'un type nègre plus ou moins prononcé, sont encore fort mal connues. Elles ont une physionomie analogue et quelques traits communs. Mais on ne saurait, dans l'état actuel de la science, les grouper d'une manière plus intime, bien qu'on puisse déjà soupçonner que la majorité d'entre elles pourront être rattachées à une même formation, s'étendant à travers toute l'Afrique. Il est donc probable qu'une connaissance plus approfondie permettra un jour de diminuer ici le nombre des familles irréductibles, en établissant des rapprochements qui ne sauraient être aujourd'hui scientifiquement possibles.
17° Le basque, descendant direct de l'ancien idiome des Ibères, qui présente un type linguistique absolument isolé dans l'Europe occidentale, véritable phénomène de permanence et de conservation. Peut-être devra-t-on lui chercher des affinités avec les idiomes africains atlantiques. Car toutes les recherches les plus récentes de l'anthropologie et de la linguistique semblent conduire à cette conclusion que le basque est le dernier débris des langues de cette grande race des Atlantes, qui, dans une antiquité extrêmement reculée, avant l'arrivée des populations libyeo-berbères dans le nord de l'Afrique et des premiers Aryens en Europe, s'étendit sur l'angle nord-ouest du continent africain et sur une partie de l'Europe occidentale, depuis l'Espagne jusqu'aux Îles Britanniques, dans une direction, et jusqu'à la Sicile, dans une autre.
18° Les langues caucasiennes, parlées comme le basque par des blancs allophyles. Elles se divisent en deux grands groupes, septentrional et méridional, occupant chacun l'un des versants de la chaîne du Caucase, groupes dont il serait peut-être plus sage de faire deux familles indépendantes. Le premier se subdivise à son tour en trois rameaux: lesghien, dont on peut citer comme types l'avare, le kasi-koumyk et le kourine; kiste, représenté par le thousch, le tchetchenze et l'oude, ainsi que d'autres dialectes qui leur sont étroitement apparentés; enfin tcherkesse ou circassien, qui à lui seul comprend presque autant d'idiomes que les autres subdivisions de la famille. Quant au groupe méridional, il comprend d'une part les langues kartwéliennes, telles que le géorgien, le plus grammaticalement développé des idiomes du Caucase et le seul qui ait une culture littéraire, l'iméréthien, le mingrélien et le grousien, de l'autre le laze et le souane. Ce groupe est d'une grande unité et les langues qui le composent remontent sûrement à une origine commune. L'alarodien des inscriptions cunéiformes des pays de Van et de l'Ararat devra, suivant toutes les probabilités, y être rattaché et en fournira un type dans l'antiquité.
Le basque et les langues caucasiennes nous offrent des traces d'une tendance à l'exagération de l'agglutination qui peut s'étendre jusqu'à comprendre toute une phrase en un seul mot, de telle façon que le radical même du verbe est susceptible de s'unir, par voie d'agglomération, à quelques mots de signification indépendante. Ces deux familles occupent donc, au point de vue morphologique et sans que ceci doive être pris comme un indice de parenté, une position intermédiaire entre les autres langues agglutinantes et la sous-classe des langues américaines, répartie en un certain nombre de familles entre lesquelles on ne retrouve aucune communauté de racines, bien que le mécanisme y reste toujours conforme aux mêmes principes.
Les langues américaines sont holophrastiques ou incorporantes et polysynthétiques. Elles sont holophrastiques en ce qu'elles ramènent toute une phrase à la forme d'un seul mot par l'incorporation des noms au verbe. Du moins elles en sont universellement susceptibles, car elles ne présentent pas toutes à un degré égal le développement de ce caractère; et il n'y a pas une d'entre elles où l'on n'observe, dans des proportions diverses, l'emploi simultané des procédés analytiques. Il n'y a pas, du reste, dans le procédé holophrastique des langues américaines, une simple synthèse qui rapproche en un seul mot de tous les éléments de l'idée la plus complète, il y a encore enchevêtrement des mots les uns dans les autres; c'est ce que M. F. Lieber a appelé l'encapsulation, comparant la manière dont les mots isolés rentrent dans le mot-phrase, à une boîte dans laquelle en serait contenue une autre, laquelle en contiendrait une troisième, en contenant à son tour une quatrième, et ainsi de suite. Ainsi l'algonquin nadholineen, «amenez-nous le canot,» est formé de naten «amener,» amochol «canot» i euphonique et neen «à nous;» dans la composition du chippeway sogininginitizoyan, «si je ne prends pas la main,» entrent, avec des particules grammaticales notant les relations de modalité, sogénât «prendre» et oninjina, «main.» «Les formations de cette espèce, remarque avec raison M. Hovelacque, ne sont qu'une simple extension du principe de l'incorporation au verbe de l'idée de régime. On a remarqué qu'un certain nombre de locutions des langues romanes modernes sont de véritables exemples d'une incorporation rudimentaire. Lorsque l'italien dit portandovi «vous portant,» portandovelo «vous le portant,» lorsque le gascon dit deche-m droumi «laisse-moi dormir,» leur procédé nous rappelle l'incorporation du basque et des langues américaines.» Il y a cependant cette grande différence que, dans ces dernières, l'incorporation des mots se pousse jusqu'à une telle exagération qu'elle amène la mutilation profonde des mots incorporés.
C'est là une des applications du principe du polysynthétisme. On désigne ainsi la façon dont toutes les langues américaines réunissent un grand nombre d'idées sous la forme d'un seul et même mot composé, holophrastique ou non. Ce mot, généralement fort long, est l'agglomération intime de mots divers, qui souvent sont réduits à de simples lettres que l'on intercale. Ainsi l'algonquin pilâpé, «jeune homme non marié,» est formé de pilsitt «chaste» et lenâpé «homme.» amanganachquiminchi, «chêne à larges feuilles,» de amangi, «grand, gros,» nachk, «main,» quim, «fruit à coque,» et achpansi, «tronc d'arbre;» le chippeway totochabo, «vin,» est un composé de toto «lait,» et chominabo, «grappe de raisin;» le nahuatl ou mexicain nicalchihua, «je construis une maison,» se décompose en ni, «je,» cal, «maison,» et chihua, «faire;» le nom de lieu de la même langue Achichillacachocan, qui veut dire «le lieu où les hommes pleurent parce que l'eau est rouge,» est formé par agglutination de atl, «eau,» chichiltic, «rouge,» tlacatl, «homme,» et choca, «pleurer.» Le polysynthétisme consiste donc en une composition par syncope, tels composants perdant leurs premières syllabes et tels autres leurs dernières.