Quelquefois aussi, comme en Égypte, l'hiéroglyphisme figuratif est demeuré en usage, comme écriture décorative et monumentale, parallèlement aux tachygraphies sêmeiographiques sorties de son altération. Dans ce cas, l'hiéroglyphisme figuratif, quelques progrès qu'il ait consommés comme instrument d'expression de la pensée par la peinture simultanée des idées et des sons, garde encore tant de son essence primitive de pictographie, que les signes qui le composent peuvent être groupés dans la décoration des édifices en forme de tableaux figurés et symboliques représentant une action, sans perdre pour cela leur signification d'écriture. Voici par exemple deux petits tableaux dont la répétition forme une frise à l'un des temples de Karnak, à Thèbes d'Égypte. Ce sont deux scènes religieuses et symboliques: le roi agenouillé, tenant un sceptre emblématique, qui varie dans les deux, et la tête surmontée du disque solaire, présente au dieu Ammon, assis, la figure de la déesse Mâ, la justice et la vérité personnifiées; quelques signes hiéroglyphiques, qui n'ont pas trouvé
naturellement place dans la scène, sont disposés de manière à y former un soubassement général et un piédestal au dieu Ammon. Mais en même temps ces deux tableaux ne sont pas autre chose qu'une expression graphique du double nom du pharaon Ramessou IV, de la xxe dynastie, dont ils renferment tous les éléments, ingénieusement groupés dans une scène en action:
Râ-mes-sou haq Mâ meï Amoun.
Râ-ousor-ma sotpou en Amoun.
Dans leur disposition graphique ordinaire, ces éléments donneraient les deux cartouches hiéroglyphiques ci-contre.
§ 4.--DÉVELOPPEMENTS SUCCESSIFS DE L'IDÉOGRAPHISME.
L'hiéroglyphisme, nous l'avons déjà dit, commença par une méthode exclusivement figurative, par la représentation pure et simple des objets eux-mêmes. Toutes les écritures qui sont restées en partie idéographiques ont conservé jusqu'au terme de leur existence les vestiges de cet état, car on y trouve un certain nombre de signes qui sont de simples images et n'ont pas d'autre signification que celle de l'objet qu'ils représentent. Ce sont ceux que les égyptologues, depuis Champollion, ont pris l'habitude de désigner par le nom de «caractères figuratifs,» et que les grammairiens chinois appellent siâng-hing, «images.»
Mais la méthode purement figurative ne permettait d'exprimer qu'un très petit nombre d'idées, d'un ordre exclusivement matériel. Toute idée abstraite ne pouvait, par sa nature même, être peinte au moyen d'une figure directe; car quelle eût été cette figure? En même temps certaines idées concrètes et matérielles auraient demandé, pour leur expression directement figurative, des images trop développées et trop compliquées pour trouver place dans l'écriture. L'un et l'autre cas nécessitèrent l'emploi du symbole ou du trope graphique. Pour rendre l'idée de «combat» on dessina deux bras humains, dont l'un tient un bouclier et l'autre une hache d'armes; pour celle d' «aller, marcher,» deux jambes en mouvement.
La présence du symbole dans l'écriture hiéroglyphique doit remonter à la première origine et être presque contemporaine de l'emploi des signes purement figuratifs. En effet, l'adoption de l'écriture, le besoin d'exprimer la pensée d'une manière fixe et régulière, suppose nécessairement un développement de civilisation et d'idées trop considérable pour qu'on ait pu s'y contenter longtemps de la pure et simple représentation d'objets matériels pris dans leur sens direct.