1Musée du Louvre, collection Campana.

A côté de cette conservation rituelle de l'usage de certains instruments de pierre dans les cérémonies religieuses, il faut signaler en terminant les idées superstitieuses qui s'appliquèrent aux pointes de flèches en pierre et aux haches polies qu'on découvrait dans le sol, une fois que la tradition de leur origine fut perdue. Chez la plupart des peuples du monde antique, dans les siècles voisins de l'ère chrétienne,

on les recueillait précieusement, et on leur attribuait mille propriétés merveilleuses et magiques, croyant qu'elles tombaient du ciel avec la foudre. Au témoignage de Pline, on distinguait les cerauniae, qui, d'après sa description même, sont des pointes de flèches, et les betuli, qui sont des haches. On possède des colliers d'or étrusques auxquels sont appendues, en guise d'amulettes, des pointes de flèches en silex. Au même caractère talismanique attaché à cette classe d'objets doivent être attribuées les inscriptions gnostiques et cabalistiques du iiiee ou ive siècle de notre ère, gravées sur quelques haches de pierre polie découvertes en Grèce; elles y ont été ajoutées quand ces haches ont servi d'amulettes portées pour se préserver des mauvaises influences ou ont été employées à des usages religieux. Ainsi, sur l'une des haches en question, l'on a gravé l'image consacrée du dieu Mithra frappant le taureau, d'où l'on doit conclure qu'elle était conservée dans quelque Mithræum pour y jouer le rôle de la pierre sainte, de laquelle on tirait chaque année, au solstice d'hiver, l'étincelle du feu nouveau, personnification du dieu lui-même. Les croyances superstitieuses sur les prétendues pierres de foudre sont demeurées en vigueur, même parmi les savants, jusqu'au xvie siècle, et ce n'est qu'au xviiie siècle qu'elles ont été complètement déracinées dans l'Europe éclairée. Dans beaucoup de pays, comme en Italie, en Alsace et en Grèce, elles subsistent encore chez les habitants des campagnes.

1Musée d'Athènes.

§ 5.--LES INVENTEURS DE LA MÉTALLURGIE.

Essayons maintenant de pénétrer dans le mystère des siècles antérieurs à toute histoire, et de chercher chez laquelle des races humaines a dû prendre naissance l'art de la métallurgie. Recherchons du moins le plus antique et le plus fécond des trois foyers que nous avons indiqués plus haut, celui dont l'influence a rayonné sur toute l'Asie antérieure et de là sur l'Europe, celui que la Bible personnifie dans la figure de Thoubalqaïn.