1D'après Prichard. Type de la race jaune.
«Si, au lieu de descendre au sud-est, on s'avance au delà des Mongols, dans la direction du nord et du nord-est, on observe une altération d'un autre genre, mais moins profonde. Comme l'espace ne s'offre pas aussi étendu à la migration des peuples, que notre espèce ne peut pas s'éloigner autant du point où elle atteint son plus haut degré de développement, la dégénérescence n'a point eu un champ si ouvert à ses progrès. Les races ougro-finnoises, qui s'étendent sur tout le nord du globe, depuis la Laponie jusqu'au pays des Esquimaux, rappellent encore la race mongole; mais leurs yeux sont généralement moins obliques, leur peau ne prend plus une teinte jaune aussi prononcée, leur chevelure est plus abondante, leur front plus déprimé, leur figure respire moins d'intelligence.
«L'Amérique, en excluant la partie septentrionale habitée par la race boréale, renferme une autre race dont le mode de distribution ne correspond plus toutefois avec la loi que nous venons de constater. Dans l'Amérique du Nord, l'homme se présente avec un caractère d'énergie dans les traits tout particulier. Les lignes de la figure sont arquées, le front est extraordinairement fuyant, sans être pour cela déprimé à la façon de celui du nègre, la peau est rouge, la barbe est nulle ou rare, l'oeil est très légèrement relevé sur les bords, les pommettes sont proéminentes. Ce type atteint son point culminant de beauté et d'intelligence dans les régions équatoriales du Mexique et du Pérou. Au delà de ces régions, à mesure qu'on descend vers le sud, la peau se fonce ou plutôt se brunit, les traits s'enlaidissent, les lignes perdent de leur courbure et de leur régularité, les membres de leur bonne conformation. Tel est le caractère des Guaranis, des Rotocoudos, des Aymaras. Lorsqu'on arrive à l'extrémité méridionale de l'Amérique, on ne trouve plus que la plus difforme et la plus misérable des populations, la plus abrutie et la plus stupide, les Pécherais de la Terre de Feu.
«Cette distribution nouvelle et en apparence anomale des races du Nouveau Monde, loin d'être une exception à la loi qui nous présente le type humain d'autant plus parfait que les conditions climatologiques sont plus favorables, ne fait, au contraire, que la confirmer. L'Amérique a aussi sa contrée tempérée; cette contrée est située plus au sud que celle de l'Europe, parce que ce continent est plus froid; la chaîne de montagnes qui lui sert comme d'arête, détermine une succession de plateaux élevés. C'est en effet au Mexique et au Pérou c'est-à-dire dans des contrées placées, à raison de leur altitude, dans des conditions plus favorables à la vie, que la civilisation indigène américaine avait atteint son plus haut degré de développement.
La diffusion de l'humanité dans toutes les parties du globe et sous tous les climats, dont nous venons d'esquisser le tableau, est encore un des faits où la science de l'anthropologie, guidée par l'analogie des observations les plus modernes sur la distribution géographique des animaux, découvre la justification de l'unité de notre espèce, en constatant qu'elle a dû se répandre partout en partant d'un point unique et restreint, où elle avait fait sa première apparition à la vie.
1D'après Prichard. Type de la race noire dans sa division africaine.
Les animaux, comme les plantes, ne sont pas distribués au hasard sur le globe. L'observation nous apprend que chaque région a ses espèces, ses genres, ses types particuliers. L'expérience démontre que certaines espèces peuvent être transportées d'une région dans une autre, y vivre et y prospérer. Mais il n'existe pas une seule espèce qui soit naturellement cosmopolite. Aussi faut-il, pour les animaux et les plantes, abandonner l'idée d'un centre de création unique et accepter celle des centres de création multiples.
Ces centres de création multiples, les partisans des doctrines polygénistes sont obligés de les admettre pour les hommes, du moment qu'ils en distinguent plusieurs espèces. Mais là encore ils viennent se heurter contre les lois que la science proclame comme ayant présidé à la répartition des êtres organisés. En effet, pour avoir une aire plus étendue que les espèces, les genres n'en présentent pas moins des faits de cantonnement analogues, car, comme l'a si bien dit M. de Candolle, «les mêmes causes ont pesé sur les espèces et sur les genres.» Plus l'organisation d'un végétal ou d'un animal devient complète, plus son aire devient restreinte. Dans la série des mammifères particulièrement, on peut suivre pas à pas le rétrécissement de l'aire occupée à mesure qu'on s'élève dans l'organisation. Quand nous en arrivons aux grands singes anthropomorphes, qui sont les animaux les plus rapprochés de nous au point de vue physique, nous constatons que presque chaque genre est représenté par une unique espèce, que pas un de ces genres n'est commun à l'Asie et à l'Afrique, pas un ne s'étend sur l'ensemble de la partie du monde qu'il habite, enfin que tous sont remarquablement cantonnés. Supposer donc que le genre humain se subdivise en plusieurs espèces, issues d'origines distinctes, admettre que ce type, le plus perfectionné de tous, même au point de vue purement organique, a pris naissance dans tous les centres de création, qu'il n'en a caractérisé aucun, ce serait faire de l'homme une exception unique aux lois de la nature.
Ainsi l'observation directe et la science de la physiologie mettent en état d'affirmer, suivant l'ingénieuse expression de M. de Quatrefages, que «tout est comme si l'ensemble des hommes avait commencé par une paire primitive et unique.» Elles ne nous apprennent rien sur l'existence de ce couple originaire. La parole divine pouvait seule nous instruire à ce sujet.