Sur le front de M. Dupont-Gunther la colère gonfla une veine, et derrière son dos fit trembler ses mains:
—Personne ici n'a le droit de disposer de mes gens. Et, se tournant vers Claude: Vous n'avez d'ordres à recevoir que de moi, mon garçon; je vous avertis une fois pour toutes; allez dire à Favereau qu'il m'attende aux chais.
Lorsque Claude eut quitté la pièce, M. Dupont-Gunther, tourné vers Edward, ramassé, eut l'air d'un bull-dogue prêt à fondre. Edward dit à sa sœur:
—May, mon petit, va dans ta chambre, va.
Elle s'éloigna droite, sans regarder son père.
—Tu oses... Tu oses ... balbutia-t-il.
Edward, appuyé contre le piano, les mains dans ses poches, sa grande bouche rouge, élargie encore par un sourire voulu, la tête rejetée, s'installait dans le calme en face du gros homme déchaîné.
—Vous avez raison, mon père, je reconnais mes torts; j'eusse mieux fait de ne pas amener ici ce jeune homme; veuillez agréer mes excuses.
—Et voilà ... et voilà... Tu t'imagines t'en tirer ainsi...
—Vous n'avez pas la prétention, n'est-ce pas, de me donner le fouet ni de me mettre au pain sec? Adieu: je pense qu'un peu de solitude vous est nécessaire.