—Soyez assurée, Madame, que je vous sais gré de vos conseils.
La Gonzalès connut l'étendue de sa victoire:
—Tout s'arrangera, mon enfant, laissez-moi faire, donnez-moi la confiance que je mérite et dont, jusqu'à ce jour, vous m'avez frustrée, méchante.
Elle attira contre sa poitrine la jeune fille raidie puis, discrète, courut à d'autres intrigues.
May, marchant comme une aveugle, les mains tendues, s'arrêta à la porte de son frère. La lueur de la lampe éclairait le plancher. A peine eut-elle frappé, que des voix se turent, un fauteuil fut remué. Elle entra et d'abord reconnut mal ces deux visages tournés vers elle: son frère sur le divan, les jambes repliées; Edith debout près de lui jouait avec ce collier de corail que portent les femmes sans fortune, à défaut de perles.
—Je vous dérange? dit May sottement.
Edward répondit du bout des lèvres:
—Mais non, mais non. Veux-tu du thé? Nous goûtions, nous bavardions un peu, les journées sont bien longues...
Edith offrit à May une assiette de petits fours. Edward observait en dessous sa sœur, à travers la fumée d'une cigarette. May crut voir dans ces yeux familiers une détresse telle qu'un instant elle oublia sa propre angoisse. Au contraire, Edith parlait joyeusement; sa robe claire semblait ne pas tenir à ses épaules; une expansion soudaine lui faisait inventer des formules gentilles afin de retenir May: pour la première fois, elle se sentait la plus riche.
—Restez un peu: nous goûterons à trois; vous savez qu'Edward a des petits fours bien meilleurs que ceux de la salle à manger.