—Je n'ai pas faim, père.
Favereau crut que Claude boudait. Il prit son ton d'ancien sergent pour dire que ces manières-là ne prenaient pas avec lui. Claude regarda ce front comprimé et ces joues larges du bas. Il dit doucement:
—L'idée de prendre le train me coupe l'appétit. Ne te fâche pas, je ne suis plus un gosse, je sais ce que j'ai à faire. Il faut que je parte ce soir.
—Il faut que tu partes?
La fureur l'étranglait, mais il retrouva son ton goguenard pour-dire:
—Tu voyageras à l'œil, peut-être?
—Ne t'inquiète pas, j'ai ce qu'il me faut.
—Ah! tu as trouvé de l'argent? mais moi je te jure que tu ne partiras pas. Qui commande ici? Ce n'est pas un morveux qui me fera changer quand j'ai dit quoique chose. Ce que j'ai dit, je l'ai dit.
Il était debout et brutalement repoussa Maria qui voulait s'interposer. Claude sentait lui aussi la colère l'envahir. Il bouscula son père et s'engagea dans l'escalier. Favereau, comme un vieux dogue, s'attacha à ses chausses.
—Tu ne partiras pas! Ou si tu pars, tu ne reviendras pas.