—Bonjour, mon vieux...
Il se retourna. Louis Fauveau, un petit être nul qu'il connaissait, lui tendait sa main molle et toujours humide.
Jean-Paul se réjouit dans son cœur de ce qu'il allait pouvoir discourir avec «Lulu», comme on appelait au collège le petit être nul, et l'écouta quelques instants: «—Je suis vanné, mon cher... Des soirées et encore des soirées ... et puis une petite amie que j'ai...»
Il fit de cette petite amie une description minutieuse et choquante.
Jean-Paul s'étonna de considérer ce garçon avec une sourde colère et un peu d'envie. Il ne souffre jamais, se disait-il; le monde, l'amour, les courses, le tennis, le golf, les cartes, chacun de ces jeux lui est une raison suffisante de vivre. Il n'en use pas d'ailleurs pour «se divertir», comme l'imaginait Pascal. Il n'a pas à se divertir d'une inquiétude qui jamais ne l'effleura.
Jean-Paul contemplait ce visage plombé, que l'usage du monocle figeait dans une sotte grimace, son air de lassitude satisfaite. Il songea qu'un exercice apaisant serait de le casser à coups de poing. Mais il ne pouvait qu'être insolent avec discrétion et n'y manqua pas.
—Je m'étonne, dit-il, que tu ne te lasses pas d'un plaisir si médiocre...
—Médiocre? Ah! mon vieux, que ne connais-tu Liane!
—Si je «faisais la fête», comme vous dites, je m'efforcerais d'atteindre au prodige, et ce serait mon excuse; je réaliserais «les somptuosités persanes et papales», dont parle Verlaine. Je serais l'un des satans adolescents qu'il évoque dans un palais soie et or, à Ecbatane ... et je révélerais au monde ébloui des voluptés inconnues.
—Tu te moques de moi, dit Lulu.