Il y eut des protestations violentes. D'autres jeunes hommes s'étaient rapprochés pour écouter la discussion.
Le regard de Jean-Paul allait plus haut que ces visages tournés vers lui. Il distinguait, à travers la fumée des pipes, le rouge violent des affiches, un portrait de Léon XIII bénissant. Jean-Paul évoquait derrière ces murailles l'espace libre, la nuit claire et froide, la solitude introublée.
—Vous avez, plus que nous, besoin d'être instruits, dit Georges Élie, vous avez tout à apprendre de nous, tout—vous, les inutiles...
—Comme vous avez gardé vos préjugés de caste! répondit amèrement Jean-Paul.
Et soudain, il eut, pour la première fois, conscience que cette doctrine ne vivait pas en lui: pauvres formules qu'il avait acceptées sans examen, elles seules n'auraient pu l'attirer vers ces jeunes hommes ... et il se dit en lui-même:
«Je cherchais ma joie...»
A ce moment, Vincent Hiéron entra. On le redoutait sans l'aimer. Il y eut un silence gênant. Puis des groupes se formèrent. Jean-Paul, hâtivement, serra la main de son ami, et sortit. Dans ce soir, il sentit sa gorge se contracter, comme lorsque, petit enfant, il s'efforçait de ne pas pleurer.
Devant les portes, des boutiquiers et des concierges causaient. Des petites filles sautaient à la corde. Place Pey-Berland, Jean-Paul vit que les vitraux de la cathédrale s'illuminaient... «C'est le dernier jour du mois de Marie», se dit-il, et il entra.
La vierge illuminée était parmi les lys comme un lys vivant. Des pauvres femmes, des enfants émerveillés étaient à genoux contre la grille du chœur, et les puériles voix—dont le timbre céleste va bientôt se briser—redisaient les vieux cantiques si lourds d'extase et d'anciennes ferveurs... Jean-Paul, dans une chapelle latérale, s'abandonna enfin, et pleura, pleura et ses mains mouillées de larmes avaient la même odeur que lorsqu'à six ans il pleurait dans la chambre silencieuse, où une mère ne l'avait jamais endormi sur ses genoux.
Jean-Paul revint à l'hôtel et, étendu sur une chaise longue, chercha avec méthode les causes de cette morne lassitude... Au long d'une jeunesse isolée, calme, où il ne se passe rien, le jeune homme s'est habitué à se regarder lui-même vivre.