Elle avait repris sa broderie anglaise. La lampe allumait sur le dé d'or une petite flamme. Marthe leva vers Jean-Paul ses yeux clairs, et, craignant de l'avoir vexé, lui sourit. Jean-Paul considéra la bouche lasse, aux coins un peu tombants, les trop minces épaules, les cheveux fauves et lourds et le désir lui vint de poser son front, comme il l'avait fait un soir, sur cette robe sombre...

—Pourquoi ai-je trop lu, Marthe?

—Parce que cela te rend malheureux, mon petit cousin ... toutes tes mélancolies, tes complications, à quoi je ne comprends rien, je sais où tu les prends, va...

—N'essaie pas de comprendre...

—Oh! je sais bien que tu es plus instruit que moi, plus intelligent. Il me semble pourtant que tu es dupe de tes lectures, tu crois trop que c'est arrivé...

—Tu es sotte...

—Je ne suis pas une intellectuelle, c'est sûr ... cela m'amuse de lire, cependant... Mais lorsque c'est fini, je n'y pense plus. Je ne mêle pas cela à ma vie. Zette, une petite cousine qui a douze ans, me demande toujours des livres de Zénaïde Fleuriot, des livres qui font pleurer, «parce que j'aime pleurer», me dit-elle. Seulement ensuite, elle essuie ses yeux et joue à la poupée. C'est ce qu'il faut faire...

Jean-Paul se leva...

—Tu ne me comprendras jamais, murmura-t-il.

Elle le regarda, les yeux brouillés, les deux mains croisées sur la robe sombre, et ils parlèrent de choses indifférentes: son père était sorti, elle devait aller en matinée, à la Comédie-Française...