Georges se redressa brusquement:

—Crois-tu donc que je tienne à toi? Je ne demandais pas mieux que de ne plus te voir! Monsieur s'imagine qu'on ne peut se passer de lui...»

Il se tourna du côté du mur et ne parla plus. Jean-Paul voulut prendre sa main brûlante. Brusquement le malade la retira.

La lampe filait et dessinait au plafond de la mansarde un cercle noirâtre. Jean-Paul baissa la mèche. Une averse ruisselait contre les vitres, et le vent d'équinoxe refoulait la fumée. Le jeune homme s'accroupit devant la grille, arrangea le feu. Puis d'une voix timide il demanda: «Tu n'as besoin de rien?»

Et, comme le malade ne répondait pas, il lui dit: «Adieu, Georges!» et sortit.

Dans l'escalier noir, où régnait une odeur mêlée et fade, il essaya de ne pas respirer et, le cœur plein de nuit, il songeait: «On ne peut anéantir le passé. Je n'ai pu guérir cette âme du mal que je lui ai fait...»

Il se retrouva dans la petite rue misérable dont les maisons disaient de pauvres existences, des luttes sans merci contre la faim, la maladie... «Je devrais tout donner, se dit Jean-Paul. Je n'ai plus le droit d'être heureux, selon le monde...» Il pensait à saint François, à l'attrait du petit frère d'Assise pour la dame Pauvreté...

—Serai-je capable de distribuer mes biens aux pauvres?

Jean-Paul s'interrogea, et connut qu'il aimait passionnément la vie luxueuse et ornée...

La cohue de la rue de la Gaîté l'entraîna. Les lumières violentes des théâtres du quartier, des établissements de cinématographes, éclairaient les faces pâles des voyous, de minces figures d'enfants maladifs...