Heureusement, en nous rappelant que nous avons besoin de lui, Notre-Seigneur affirme aussi que son secours ne nous fera jamais défaut ; il n’est pas d’homme qui ne puisse dire, comme l’apôtre : « Je puis tout en celui qui me fortifie. »

La foi surnaturelle est donc indispensable au salut ; d’autre part, personne n’y parvient par ses seules forces ; il y faut, avec le bon vouloir, un secours particulier de Dieu, secours que nul effort humain, s’il n’écoutait que sa justice, ne pourrait lui arracher.

Mais, voici surgir une formidable difficulté, qui de tout temps a été pour les âmes faibles une cause de scandale. N’est-on pas en droit de nous dire : Nous comprenons que ceux qui vivent au milieu des nations chrétiennes, et qui cherchent la vérité religieuse d’une volonté droite et d’un cœur pur, parviennent tôt ou tard à la foi. Nous croyons sans peine que Dieu leur prodiguera les grâces de lumière et de force dont elles ont besoin et leur offrira mille occasions de connaître la révélation et de se convertir.

Mais tournez-vous maintenant vers ce nombre prodigieux d’âmes sur qui ne tombe aucun rayon de la révélation. Il serait étrange que, parmi elles, il ne s’en trouvât point de bonne foi. Eh bien, comment ces déshéritées arriveront-elles à croire ? Dieu se révélera-t-il quelque jour à elles dans une mesure suffisante pour qu’elles soient sauvées ? Montrez-nous au-dessus de leur tête l’étoile envoyée jadis aux mages, et les anges dépêchés vers les bergers pour les conduire au berceau de l’Enfant-Dieu.

Non, notre Dieu n’est pas comme celui du déiste, « un Dieu mort », ou, selon l’expression de Scherer, « un machiniste caché dans les nuages », impuissant à secourir ceux qui l’invoquent. Il ne coopère pas seulement à l’évolution des êtres qu’il a créés ; sa providence surnaturelle suit d’un œil miséricordieux toutes les âmes capables d’y correspondre.

Que tous les hommes soient sauvés, tel est le désir de Dieu cent fois exprimé dans les saintes Écritures. « Il ne veut pas la mort du pécheur, mais sa conversion. » — « Sa volonté formelle est que sur la tête de tous les hommes brille la lumière libératrice, et qu’ils soient sauvés. » (I Timoth., II, 4.) Fidèle aux instructions de son fondateur, l’Église répète, après lui, qu’il est mort pour sauver tout le genre humain ; elle frappe d’anathème ceux qui, avec Calvin et Jansénius, veulent rétrécir les bras de Jésus en croix et ne leur faire embrasser que les seuls élus.

2. — Vérités qu’il est indispensable de croire.

En nous ouvrant par son sang le royaume des cieux, le Christ respecte notre liberté. Il veut que nous répondions à ses avances. Et pour nous en tenir ici aux limites fixées par notre sujet, il exige de tous les hommes deux conditions, qu’il est toujours possible de remplir : c’est d’abord de ne mettre aucun obstacle volontaire à la grâce, qui se fraie un chemin vers toutes les âmes de bonne volonté ; et puis, de faire, avec le secours divin, un acte de foi à quelques vérités suprêmes.

Car il y a des vérités qu’il est indispensable de croire pour être sauvé : Sine fide impossibile est placere Deo (Hebr. XI, 6). Le cercle des vérités qu’il faut croire d’une foi explicite n’est pas le même pour tous les hommes. Il s’élargit ou se resserre selon le degré d’instruction du croyant et les facilités dont il dispose pour l’étendre et le compléter.

Quel est le minimum, condition indispensable, mais suffisante aux yeux de Dieu pour le salut d’une personne, qui vit involontairement en dehors de la religion chrétienne ? — Il lui suffit, pensons-nous, de croire en un Dieu rémunérateur, c’est-à-dire en un Dieu qui se communique aux âmes par des moyens à lui connus, punit les méchants dans sa justice, pardonne au pécheur qui l’implore et se repent, et récompense les bons dans son infinie miséricorde.