D’ailleurs bien que ce soit la volonté qui, au dernier instant, nous détermine à l’acte de foi, il n’en est pas moins vrai que croire est le fait de la faculté intellectuelle. Car à la raison seule il appartient de discerner le vrai du faux, de juger de la valeur du témoignage, sur lequel s’appuie et se mesure la foi ; et, suivant la confiance que mérite le témoin, de donner à la vérité qu’il propose tel degré d’adhésion.
La volonté attend donc d’être éclairée pour se porter vers l’acte de foi, qu’elle atteint, pour ainsi dire, par le dehors. Elle est comme le nerf de l’intelligence. L’une et l’autre faculté n’est pas moins nécessaire à l’homme pour croire aux vérités révélées, que l’œil, les ailes et les serres à l’oiseau pour découvrir et saisir sa proie.
En effet, placée seule en face des vérités révélées, l’intelligence humaine, faute de pénétration, les saisirait mal. Si elle n’était point faussée par les préjugés, elle regarderait, il est vrai, la révélation comme plausible et même digne de sa créance. Mais son assentiment, s’il se produisait, serait faible, hésitant. L’esprit, faute de cette évidence qui rend tout doute impossible, oscillerait sans cesse du oui au non, selon qu’il s’arrêterait aux arguments en faveur de la révélation ou à ceux qui lui sont contraires.
En toute hypothèse, cette adhésion serait le résultat exclusif d’une démonstration philosophique et se mesurerait uniquement sur elle. Or, un tel assentiment ne mérite point les louanges et les récompenses qui sont décernées à la foi. Elles ne lui conviennent que parce qu’elle est une vertu. Or, c’est le propre de l’acte vertueux et méritoire d’être essentiellement libre.
Concluons que toute âme a le droit et le devoir d’employer toute sa force de volonté pour devenir et rester croyante. Son libre arbitre, en arrêtant et maintenant la raison sur les plus solides preuves de la révélation, doit contribuer à produire en elle de fermes convictions religieuses. C’est à lui de l’entraîner ensuite, au travers de quelques obscurités plus apparentes que réelles, vers une entière adhésion à la parole de Dieu. Celui-ci, étant la vérité souveraine comme il est la bonté infinie, exige l’hommage complet de notre intelligence et de notre cœur. C’est son droit de ne vouloir être cru ni aimé à demi ; et il manquerait certainement quelque chose à l’hommage de notre esprit et de notre cœur, s’il n’était à la fois libre et absolu.
CHAPITRE V
LA FOI EST UNE GRACE A LA PORTÉE DE TOUS
1. Promesse du Christ universelle. — 2. Vérités qu’il est indispensable de croire. — 3. Elles sont accessibles aux plus déshérités.
1. — Promesse du Christ universelle.
Est-ce donc assez de nos bons désirs, de nos efforts d’intelligence et de volonté pour produire un acte de foi ? Non, s’il s’agit d’un acte de foi surnaturel, par lequel, en adhérant à une vérité révélée, sur la parole même de Dieu, nous méritons sa faveur et coopérons à notre justification. Il faut absolument qu’un secours extraordinaire du ciel, la grâce, intervienne alors pour illuminer notre intelligence, fortifier notre volonté et hausser leurs actes au-dessus de la sphère naturelle.
Ce concours tout gratuit de Dieu, qui transforme nos œuvres et leur donne un éclat et une valeur en quelque sorte infinis, nous fait-il défaut, nous ne pouvons rien pour mériter ou conserver l’amitié divine ; car la vie dont la grâce est le principe surpasse d’autant la vie de l’intelligence que cette dernière surpasse la vie des sens, et la vie des sens la matière inanimée : « Sine me, nihil potestis facere. Sans moi, vous ne pouvez rien. » (Jo., XV, 5.)