Un jour un boucher vint demander à la vieille de lui vendre son taureau mais elle s'y refusa formellement «Takisé, dit-elle (elle avait donné ce nom à son nourrisson), «Takisé n'est pas à vendre.» Le boucher, mécontent du refus, alla trouver le sartyi[137] et lui dit: «Il y a chez la vieille Zeynêbou un «gros taureau qui ne doit être mangé que «par toi tant il est beau.»
Le sartyi envoya le boucher et 6 autres avec lui sous le commandement d'un de ses dansama[138], chercher le taureau de la vieille. Quand la petite troupe arriva chez Zeynêbou le messager du chef dit à celle-ci: «Le sartyi nous envoie prendre ton taureau «pour l'abattre dès demain».—«Je ne puis «m'opposer aux volontés du roi, répondit-elle. «Tout ce que je vous demande c'est de «ne m'enlever Takisé que demain matin.»
Note 137:[ (retour) ] Roi (terme haoussa).
Note 138:[ (retour) ] Messager, page, homme de confiance.
Le lendemain, au point du jour, le dansama et les sept bouchers se présentèrent chez la vieille et se dirigèrent vers le piquet auquel était attaché Takisé. Celui-ci marcha à leur rencontre en soufflant bruyamment et cornes basses. Les huit hommes, peu rassurés, reculèrent et le dansama, appelant la vieille, lui dit: «La vieille! dis donc à ton taureau «de se laisser passer la corde au cou.»
La vieille s'approcha du taureau: «Takisé! mon Takisé, lui demanda-t-elle, laisse-les te passer la corde au cou.» Le taureau alors se laissa faire. On lui mit le licol et on lui attacha une patte de derrière avec une corde pour l'emmener chez le sartyi. Arrivés devant le roi, les bouchers couchèrent le taureau sur le flanc et lui lièrent les quatre membres puis un d'eux s'approcha avec son coutelas pour l'égorger; mais le coutelas ne coupa même pas un poil de l'animal, car Takisé avait le pouvoir d'empêcher le fer d'entamer sa chair.
Le chef des bouchers pria le sartyi de faire venir la vieille. Il déclara que, sans elle, il serait impossible d'égorger Takisé qui devait avoir un grigri contre le fer. Le sartyi manda la vieille et lui dit: «Si on n'arrive pas à égorger ton taureau sans plus tarder, je vais te faire couper le cou.»
La vieille s'approcha de Takisé qui était toujours lié et couché sur le côté et lui dit: Takisé mon Takisé laisse-toi égorger. Tout est pour le sartyi maintenant.»
Alors le doyen des bouchers égorgea Takisé sans nulle peine. Les bouchers dépouillèrent le cadavre, le dépecèrent et en portèrent toute la viande devant le sartyi. Celui-ci leur commanda de remettre à la vieille pour sa part la graisse et les boyaux.
La vieille mit le tout dans un vieux panier et l'emporta chez elle. Arrivée là, elle déposa graisse et boyaux dans un grand canari, car elle ne se sentait pas le courage de manger de l'animal qu'elle avait élevé et à qui elle avait tant tenu.