Note 149:[ (retour) ] Etre de la brousse, génie.
L'étranger s'éloigna. Il se rendit dans une grande forêt pleine de guinné qui tuaient tout homme qui passait par là. Quand ils le virent arriver, ils se précipitèrent à sa rencontre, des couteaux aux poings: «Je ne viens pas ici pour vous nuire leur dit-il, mais seulement pour vous faire connaître que quelqu'un vous a insultés».
«—Et quel est celui-là? crièrent-ils furieux».
—«C'est l'homme qui habite là-bas. Il a juré que personne, même un moutâné ndâzi, ne mangera de son mil».—«C'est bon grommelèrent les guinné, retourne dans ton village et tu verras demain matin!».
Pendant la nuit les guinné sont venus chez l'avare. Ils lui ont dérobé tout son mil. Le lendemain, l'avare s'en va porter plainte pour ce vol devant le chef de village. En route il rencontre un guinné qui avait pris la figure d'un homme et il lui raconte sa mésaventure.
—«Va chez le chef, lui conseille le moutâné ndâzi et préviens-le que, s'il ne te retrouve pas ton mil, tu vas mourir devant sa case».
Arrivé chez le chef, l'avare lui parle ainsi: «Chef, on m'a volé mon mil: il ne me reste rien pour nourrir ma femme et mes enfants. Si tu ne me fais pas rendre ce qu'on m'a pris, je vais mourir ici-même devant ta porte».
«—Mais s'exclame le chef: je ne sais qui est ton voleur».
A ces mots, l'avare se laisse choir sur le sol comme s'il était mort. Le chef du village l'examine et, le croyant réellement défunt, il ordonne de l'ensevelir. Cette fois il fut définitivement enterré et «ne revit plus la terre»[150] car, avant qu'on l'enfouît, l'étranger à qui il avait refusé le couscouss et qui se trouvait là lui avait fendu la tête d'un coup de nôma.
Note 150:[ (retour) ] «Ne plus revoir la terre» expression haoussa signifiant que quelqu'un est bien mort.