Il se rendit chez celui-ci et entra dans la case au moment même où la femme demandait à son mari: «Maître, faut-il apporter le touho?».
L'avare apercevant l'étranger dit: «Pourquoi l'apporter puisqu'il n'est pas prêt?»
La femme comprit ce que parler voulait dire et se garda bien de démentir son avare époux.
L'étranger alla s'asseoir à côté du maître de la maison: «Mon hôte, lui dit-il, voici 3 jours que je suis en route et j'ai grand faim, car, de ces 3 jours, je n'ai pris aucune nourriture».
«—Ah! geignit l'avare, l'année dernière ma récolte a été pitoyable; aussi cette année en suis-je réduit, faute de mil, à me nourrir de feuilles et d'herbes. C'est ce qui fait que je n'ai rien à t'offrir».
L'étranger sortit et, par un détour, revint sur la route qui l'avait conduit à la case de l'avare. Pendant ce temps, ce dernier s'était fait apporter son touho. Tout à coup il aperçut l'étranger qui, de nouveau, venait à lui: «Vite! vite! cria-t-il à sa femme, enlève le touho et quand l'étranger entrera, annonce-lui que je viens de mourir». L'étranger arrive: «Mon mari vient de mourir, lui déclare la femme.—Bon, répond-il j'ai beau avoir faim, il me reste assez de force pour lui creuser une tombe. Passe-moi un nôma (daba, pioche ou houe).» Et il se mit à creuser une fosse.
Il saisit le faux cadavre, le jeta dedans et combla la fosse complètement. L'avare restait muet, comptant sur sa femme pour le retirer de là.
L'étranger se remit en chemin. Alors la femme rouvrit le tombeau et en fit sortir son mari: «En fit-il cent fois plus, cet étranger! s'écria l'avare, jamais il ne tâtera de mon touho! Apporte-le moi maintenant».
Au moment où l'avare portait les doigts au touho, l'étranger apparut brusquement tout près de lui. L'avare prit alors la calebasse et la versa avec sa sauce dans la poche de devant de son boubou. Le touho qui avait été tenu au chaud lui brûlait l'estomac et le ventre et la sauce découlait de sa poche: «Mon hôte, dit l'étranger, tu affirmes ne pas avoir de couscouss et voilà la sauce qui suinte de ta poche!»
«—Etranger répliqua l'avare, je vais te dire la vérité; jamais étranger, fût-ce un moutâné ndâzi[149] ne mangera chez moi».