Et tout en disant cela sire lièvre, comme entraîné par son récit, mimait ses inquiétudes en cette occurrence fâcheuse et regardait dans toutes les directions auxquelles il faisait allusion.

Le singe, de son côté, racontait son histoire, sans écouter le moindrement ce que disait son interlocuteur.

«Un jour, disait-il, je fus assailli par une troupe d'enfants qui me pourchassèrent à coups de pierres. J'en recevais ici!—(Il se grattait le flanc droit comme pour désigner la place où le coup avait porté) là!... (au flanc gauche) sur les reins, à la cuisse, à la nuque». Et, à chaque partie du corps qu'il nommait ainsi, il l'indiquait d'un geste précipité qui faisait cesser l'impérieuse démangeaison.

Le lièvre ne pouvait plus contenir son envie de rire. Il éclata! Et le singe, en le voyant pouffer, rit aussi de tout son coeur.

—«Oui! Oui! lui dit-il je t'entends. Vois-tu, nous aurons beau dire et beau faire, jamais nous ne changerons notre naturel. La preuve en est faite et bien faite. Tenons-nous en là. Nul de nous n'a gagné le pari et nul de nous ne l'a perdu».

Sambadougou 1907.

Conté par EDOUARD NGOM.

ECLAIRCISSEMENTS.

Cf. Conte Le lièvre et l'hyène aux cabinets.

Noter que le lièvre ici est représenté comme le type de l'animal craintif.