Alors le guinné qui était devant moi devient comme un bâton qui brûle! Qu'est-ce que c'est que cela? me dis-je et un vent froid me passe dans le cou et sur le crâne! Le cheval refusait d'avancer. Je le fais tourner pour prendre une autre rue, je passe enfin.
Le lendemain, j'ai demandé aux vieilles gens ce que cela signifiait. On m'a répondu: «C'est un guinné que tu as rencontré. Si tu n'avais pas été sur ton cheval tu serais devenu fou. Quand tu es à cheval, les guinné ne peuvent pas faire leurs sottises car ils sont amis des chevaux». (—Toi, commandant, tu ne l'as jamais remarqué? La nuit ils viennent blaguer avec eux, leur tresser les crins[160]... Non? Tu ne me crois pas? Vous autres blancs, vous ne voulez jamais rien croire! Enfin bon!—).
Note 160:[ (retour) ] Les guinné passent en effet pour venir jouer la nuit avec les chevaux. Il paraît que, par les temps humides surtout, il arrive fréquemment de trouver le matin la crinière des chevaux comme tressée. Un Européen établi dans le pays me l'a affirmé.
Le lendemain tout le monde est rentré à Saint-Louis. Le lieutenant, Monsieur Fametal, a quitté la maison du colonel, commandant supérieur des troupes. Il est venu me trouver chez mon officier, Monsieur Baffart-Coquard. Il m'a dit: «Spahi, tu as de la chance que ton supérieur soit là! Chaque fois que je te rencontrerai sans lui, je te fais fusiller».
Il était venu, à deux heures du matin, réveiller le colonel commandant supérieur des troupes. Il lui avait demandé: «Mon colonel, c'est vous qui m'avez fait appeler?» Et le colonel avait répondu: «Parbleu! ce sont vos camarades qui vous ont f....u dedans!»
Comme il ne pouvait plus retourner à N'Diago, il avait été forcé d'aller se coucher.
Le lieutenant et le capitaine m'ont donné les 20 francs.
Tiens! je suis fatigué! J'ai chaud! Donne-moi l'alcool de menthe que tu m'as promis pour cette histoire là.
Moi j'ai vu ça! Ce ne sont pas des kalao-kalô![161]
Note 161:[ (retour) ] Mensonges, gasconnades.