—«Trouve le moyen de me procurer cette jeune fille, déclara le kuohi et ton fils aura pour femme une de mes filles».

La vieille salua le roi et s'en revint chez elle, où elle fit bouillir une plante soporifique puis, après avoir retiré de cette décoction les feuilles qu'y avaient bouilli, elle y délaya de la farine de mil. De cette pâte légère elle fabriqua des «mâssa»[166].

Note 166:[ (retour) ] Galettes appelées «monmi» chez les Bambara. Elles sont faites de pâte de mil frite.

La vieille prit alors le sentier qui menait au lougan des orphelins et tout, en marchant, elle criait «Mâssa! Qui veut acheter de bonnes mâssa?» Daouda, qui n'avait pas goûté de ces galettes depuis son départ du village, héla la vieille, lui en acheta deux et les mangea à belles dents. Il n'avait pas fini de mâcher la dernière bouchée qu'il tomba à terre profondément endormi.

La vieille ne perdit pas de temps. Elle courut prévenir le kuohi qu'il pouvait sans crainte envoyer prendre Aïssata par 2 hommes seulement car son défenseur ne se réveillerait pas avant le lendemain.

Le roi dépêcha deux hommes avec ordre de se saisir de l'orpheline. Quand Aïssata les aperçut, elle secoua son frère «Réveille-toi! Deux hommes viennent pour s'emparer de moi!—Passe moi mon carquois et mon arc!» balbutia Daouda, sans faire le moindre mouvement, tant il était paralysé par le sommeil.

Les cavaliers s'emparèrent d'Aïssata et l'emportèrent chez le roi qui l'épousa. Quand Daouda reprit ses sens et qu'il s'aperçut de la disparition de sa soeur, il devint à moitié fou de rage. Il s'enfonça dans la forêt ne voulant plus voir d'êtres humains. Il y vécut, chassant avec les ziné[167]; il mangeait et dormait en leur compagnie. Il était devenu tout à fait sauvage; des arbustes, des herbes poussaient sur sa tête.

Note 167:[ (retour) ] Nom dyerma des guinné ou génies.

Un jour que, fatigué de marcher, il s'était étendu sous un arbre, des bûcherons l'aperçurent. Ils se jetèrent sur lui, le ligottèrent et l'entraînèrent au village où ils le livrèrent au roi.

Le kuohi fit couper les herbes et les arbustes qui lui avaient poussé sur la tête; on lui rasa les cheveux. Ensuite le roi le donna à sa femme Aïssata pour qu'il gardât l'enfant qu'elle avait eu de lui. Aïssata ne reconnut pas en ce captif son frère Daouda; mais lui l'avait reconnue dès en entrant dans sa case. Il prit l'enfant et chanta cette chanson: «O mon neveu amuse-toi! Fils de celle que j'ai nourrie avec le lait des vaches de notre père, amuse-toi!»