Elle entre dans sa case et en ressort aussitôt: «Voici dit-elle le grigri que je t'ai promis». Elle ouvre le coffret qu'elle a apporté et en retire une bague d'argent: «Tu vas mettre cette bague à ton doigt. Chaque fois que tu désireras obtenir quelque chose, tu te l'ôteras du doigt et tu la poseras à terre. Ensuite, étendant ta main au-dessus d'elle, tu demanderas à Allah ce que tu voudras avoir. Tu passeras de nouveau la bague à ton doigt et, le lendemain matin, tu verras que tu possèdes déjà ce que tu auras demandé à Dieu.»
Le Maure rentre dans son village. Pendant la nuit il a ôté sa bague et l'a posée à terre, selon les indications de la guinnârou. Il prie Allah de lui faire gagner de l'argent. Puis il s'endort et, pendant son sommeil, la guinnârou qui le protège enterre dans le sol une marmite pleine d'or.
A son réveil, Ahmed gratte la terre, en retire la marmite et s'approprie l'or qui y est contenu.
Il a acheté des boeufs, des chevaux, des moutons, tout ce qu'il lui faut avec cet or là. Puis il s'est construit un tata.
Il va ensuite se marier. Avant qu'il le fasse, la guinnârou lui dit: «Ahmed, une fois marié, il ne faut pas laisser voir ta bague à ta femme. Sinon elle agira de telle façon que tu redeviendras malheureux».
Ahmed s'est marié et un long espace de temps s'écoule sans que sa femme voie la bague. Elle sait seulement qu'il en a une. Mais, un jour, Ahmed a oublié d'enlever l'anneau pour le ranger dans le coffre: il se couche avec sa femme et, quand il s'est endormi, la femme aperçoit la bague. Elle la lui ôte et en fait cadeau à son kélé[181].
Note 181:[ (retour) ] Amant: expression soussou.
La femme dit au kélé: «J'ai entendu que cette bague fait avoir tout ce qu'on lui demande. C'est une guinnârou qui accorde ce que l'on a souhaité. Si c'est exact, je te demande de faire saisir mon mari, son chien et son chat et de les faire jeter de l'autre côté du fleuve».
Le kélé a exprimé ce souhait. La guinnârou vient aussitôt, saisit Ahmed et ses animaux et les dépose sur la rive opposée du cours d'eau. Ce fleuve est très large et il fourmille d'animaux malfaisants. Personne ne peut le passer à cet endroit-là et jamais on n'a osé y risquer une pirogue.
La femme a installé son kélé dans la case d'Ahmed.