Le lendemain matin, vers 6 heures, Ahmed se réveille et s'aperçoit qu'il est dans la brousse sur l'autre rive du fleuve. Alors il commence à s'effrayer, en songeant qu'il n'a ni fusil ni rien. Il se demande comment il va faire pour se procurer de la nourriture. Une heure se passe dans ces angoisses.

La guinnârou alors s'en vient trouver Ahmed: «Le jour où je t'ai donné la bague, lui reproche-t-elle, je t'ai recommandé de ne pas laisser ta femme s'en emparer: Maintenant il te faut rester ici trois mois. Je vais te donner un fusil et de la poudre de chasse. Chaque matin, tu tueras deux poissons. Tu mangeras l'un le matin et l'autre le soir. Le dernier jour de ce délai arrivé, avant de tirer ton dernier coup de fusil, tu viendras me trouver et je te donnerai quelque chose».

Ahmed a suivi les instructions de la guinnârou.

Au dernier jour du troisième mois, il ne lui restait plus qu'un coup de fusil à tirer. La guinnârou est venue la nuit pendant qu'il dormait. Elle appelle le chat et le chien et leur dit: «Mettez-vous à l'eau immédiatement, traversez le fleuve et rendez-vous à la case de votre maître. Vous y trouverez porte close, mais cela ne fait rien! vous entrerez quand même. La femme d'Ahmed va faire cette nuit ce qu'elle n'a pas encore fait depuis l'enlèvement de son mari. Elle dormira avec la bague au doigt. Vous lui prendrez la bague et me la rapporterez».

Le chat est parti avec le chien qui reste à faire le guet devant la porte. Il vole la bague et tous deux reprennent leur chemin pour revenir à la guinné. Arrivés au fleuve, le chat grimpe sur le chien qui va le passer à la nage mais, quand ils sont au milieu de l'eau, le chien lui dit: «Montre-moi cette bague; moi aussi je veux la voir.» Le chat prend la bague pour la faire voir à son camarade, mais elle lui échappe et tombe à l'eau. Un poisson se trouvait; là il avale la bague[182].

Note 182:[ (retour) ] C'est à peu près l'unique rôle des poissons dans les contes.

De retour près de la guinnârou, le chien et le chat lui racontent la chose: «C'est bon! dit la guinné, je vais vous préparer un grigri pour retrouver le poisson qui a avalé l'anneau. Demain je ferai passer ce poisson près d'Ahmed. Celui qui sera tué par le premier coup de fusil ne sera pas ce poisson-là; ce sera le deuxième seulement et dans son corps se trouvera la bague».

La guinnârou a ainsi parlé au chien sans qu'Ahmed sache rien de ce qui s'est passé. Puis elle s'en est allée.

Ahmed se réveille: «Ah! se dit-il, je n'ai plus qu'un coup de fusil à tirer et, après, plus moyen de me procurer de quoi manger!» Il vient au bord du fleuve et aperçoit deux poissons. Il tire et les tue tous les deux. Il les saisit, l'un après l'autre, et les dépose sur la rive.

Le chien sait ce qu'il a à faire et le chat aussi puisque la guinnârou le leur a enseigné; mais tous deux restent muets.