SOMMAIRE: Personnages merveilleux des contes indigènes.—1° Personnages merveilleux. La divinité: Allah, Outônou, Ouinndé, Ngouala.—Potentats débonnaires: les «guinné».—Pourquoi on a diversifié leurs appellations génériques.—Différence avec les djinns arabes.—Mélange du génie africain et du démon sémite.—Répugnance des noirs à les désigner sans périphrase.—Leurs diverses appellations.—Géants et nains.—Personnification des quatre éléments.—Les démons et les hafritt.—Les animaux-génies.—Conceptions différentes des animaux, personnages des contes et des animaux jouant un rôle dans les fables.—Aspect physique des guinné.—Effet produit par leur vue.—Moyen d'en éviter ou d'en réparer les effets.—Ouokolo, tyityirga, konkoma, gotteré.—Moeurs des guinné.—Leur caractère.—Moyen de se soustraire à leur malfaisance.—Intervention éventuelle.—Leurs unions avec la race humaine.—Leurs métis.—Enlèvements et substitutions d'enfants.—Les bàtitado.—Durée de la vie des guinné.—Goules et vampires.—Sorciers et anti-sorciers.—Jettatori—Végétaux, minéraux, objets, abstractions jouant un rôle dans les contes.—Talismans, remèdes merveilleux, armes magiques.

Chaque littérature merveilleuse a ses personnages de prédilection: êtres surnaturels ou êtres humains. Les êtres surnaturels se distinguent par les traits, le caractère, les moeurs, l'apparence physique que leur prête l'imagination des conteurs; les hommes d'après leurs professions, certaines de celles-ci étant plus souvent mises en scène que les autres[68].

Note 68:[ (retour) ] Par exemple, les tailleurs, les pêcheurs, les chasseurs, les rois, les meuniers, dans la littérature indo-européenne.

Nous allons passer en revue, étudier sommairement les divers personnages des contes indigènes en indiquant les attributions qui leur sont conférées selon les différentes races qui les imaginèrent.

Tout d'abord, constatons le rôle de la divinité dans quelques-uns de nos contes. Le dieu s'appelle Allah dans les contes des peuples anciennement islamisés et il a, en gros, le caractère du dieu de Mahomet. Chez les Bambara à demi-fétichistes, il devient Gouala ou Nouala et la conception arabe est déjà déformée sensiblement. Quant au dieu des Môssi, il est d'un caractère plus autochtone, c'est Ouinndé. Il en est de même d'Outênou, la divinité des Gourmantié.

En général, ces dieux sont des souverains débonnaires et qui tiennent à l'homme de très près: Outênou pardonne aux méfaits de ce sacripant de Fountinndouha et s'en fait même le complice puisqu'il se laisse corrompre par la promesse d'un bounia[69]. NGouala, passagèrement gêné dans ses affaires, demande du crédit à ses obligés. Outênou philosophe avec un marabout. Les races qui ont imaginé ces potentats accommodants ne peuvent être ni méchantes, ni foncièrement férues de hiérarchie.

Note 69:[ (retour) ] Le backchich des noirs (alias «dimanche»).

Pour messagers ces dieux ont les malakas de même qu'un nâba môssi, ses soronés ou un bâdo gourmantié, ses lâris.

Démons.—Les démons, ce type de la révolte vaincue et de l'éternelle rancune, semblent assez rares et de conception islamique. Leur nom; les blissi-ou (venu d'Yblis) indique cette origine. Encore Ybilis est-il moins un démon qu'un guinné[70] féroce et malfaisant[71]. Les noirs emploient souvent le mot français «diables» pour désigner les guinné mais c'est faute de connaître celui de «génies» qui serait un peu plus conforme au caractère qu'ils prêtent à ces êtres surnaturels sans toutefois leur convenir absolument.

Note 70:[ (retour) ] Mot ouolof qui bénéficie du fait que c'est le premier que l'on entend en venant en Afrique pour désigner les êtres surnaturels des contes indigènes.